Nécessaire adaptation aux changements climatiques

Nécessaire adaptation aux changements climatiques

La Commission européenne a mis au point une stratégie pour aider l’Union européenne à se préparer aux impacts des changement sclimatiques. Dans son Livre blanc intitulé «Adapting to climate change: Towards a European framework for action», la Commission fait remarquer que même si l’on réduisait considérablement nos émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale, les gaz déjà émis dans l’atmosphère y resteront encore pour quelque temps et y produiront donc leurs effets néfastes.

En d’autres termes, les changements climatiques sont aujourd’hui, dans une certaine mesure, inévitables. Parallèlement, des études récentes démontrent que les impacts des changements climatiques seront plus importants et se feront ressentir plus tôt que prévu. Les changements climatiques devraient affecter une large gamme de secteurs et domaines économiques et sociaux principaux, notamment l’agriculture, l’énergie, les transports, le tourisme et la santé, ainsi que les écosystèmes. Les entreprises et foyers ressentiront également les effets de ce phénomène, mais ce sont les personnes âgées, les invalides et les foyers à faibles revenus qui en souffriront le plus. Les impacts varieront en fonction des régions, mais les régions côtières, montagneuses et les plaines sujettes aux inondations seront particulièrement vulnérables.

Le Livre blanc souligne l’importance de prendre en compte les impacts environnementaux dans tous les domaines, notamment ceux de la santé, de l’agriculture, de la sylviculture, de la biodiversité et des des milieux marins et côtiers. Dans chaque domaine, les décideurs politiques devront rechercher les impacts réels et potentiels des changements climatiques, calculer les coûts d’action et d’inaction et enfin analyser les impacts des mesures potentielles à appliquer dans d’autres domaines. Il faut donc à la fois mettre en place une stratégie européenne d’adaptation globale pour l’UE et garantir l’intégration de l’adaptation dans les principales politiques de l’UE. L’OCDE considère elle aussi que l’adaptation aux changements climatiques constitue une réponse aussi importante que complémentaire à la réduction des émissions de gaz à effet de serre dans la lutte contre les changements climatiques.
La Commission veillera à la création d’un groupe de pilotage sur les impacts des changements climatiques et l’adaptation (IASG – Impact and Adaptation Steering Group) qui supervisera la mise en place de cette stratégie européenne d’adaptation globale. D’ici 2012, l’IASG veillera à l’élaboration d’une stratégie complète sur l’adaptation aux changements climatiques pour 2013.

Poursuivre la recherche

En Europe, la recherche se développe dans le domaine. Toutefois, elle n’en est qu’au début. Davantage de travaux sur l’impact et la vulnérabilité du climat sont nécessaires en vue de formuler des réponses politiques appropriées. Si pour le moment, les résultats ne sont pas systématiquement partagés entre États membres, la Commission propose de mettre en oeuvre un mécanisme de centre d’échanges grâce auquel les informations sur les risques, impacts et meilleures pratiques relatifs aux changements climatiques seront partagées. Ce centre devrait être mis en place d’ici 2011. Les connaissances développées sur l’adaptation doivent également être mises à disposition des autres pays, notamment des pays en développement qui n’ont pas les moyens de financer des recherches et ne sont malheureusement pas fréquemment objets de recherches.

Financer l’adaptation

S’il est fondamental de transmettre les connaissances aux pays en voie de développement, il convient de permettre la réalisation des recommandations qui en sont issues. Cependant, estimer les coûts et bénéfices de l’adaptation est bien plus difficile que pour l’atténuation. Le tableau ci-joint en témoigne.

Coûts de l'adaptation
Coûts de l’adaptation

Force est de constater que les montants ici évoqués sont relativement importants. A titre de comparaison, le total mondial de l’aide publique au développement est estimé à un peu plus de 100 milliards de dollars[[Source : CNCD]]. Celui-ci étant déjà insuffisant, le financement de l’adaptation ne doit pas se substituer à l’aide publique au développement. Considérant que ce sont surtout les pays les plus pauvres qui souffriront des effets des changements climatiques, largement causés par les pays les plus riches – tout comme les inégalités économiques, sociales et environnementales entre le Nord et le Sud – il serait plus qu’injuste – intolérable – que les pays en voie de développement[[Tiers-Monde, pays en voie de développement, pays émergents : exemples de trouvaille sémantique pour désigner des pays exploités.]] payent encore la note. La carte en anamorphose[[Une carte en anamorphose emploie une technique de cartographie particulière : pour illustrer le poids des pays dans une variable, on représente le pourcentage de cette variable par pays par la surface du pays déformée.]] ci-jointe illustre bien le poids écrasant du Nord dans le total des émissions de CO2 depuis 1950.
Les émissions cumulées de carbone entre 1950 et 2000, par pays
Les émissions cumulées de carbone entre 1950 et 2000, par pays

Le Nord ne peut fuir sa (triple) responsabilité : réduire ses émissions, soutenir l’adaptation et enfin accueillir les futurs réfugiés climatiques[A ce titre, lire l’article de Romain Felli : [Justice globale pour les réfugié-e-s climatiques ?.]].
Alors, comment financer l’adaptation ? CAN-Europe[[Climate Action Network Europe – Réseau associatif européen d’action sur le climat, dont la Fédération fait partie.]] propose de taxer une proportion du budget des émissions annuelles de gaz à effet de serre (GES) des pays développés. D’autres sources de revenus pourraient provenir de la taxation des émissions des secteurs du transport aérien et maritime international ou de la taxation des marchés d’échange de droits d’émissions de GES.

Et en Belgique ?

La Belgique subira les conséquences des changements climatiques dans plusieurs domaines dont la santé. Y sommes-nous préparés ? Au niveau fédéral, il n’existe pas pour le moment de stratégie nationale d’adaptation. Seul un projet de recherche visant à identifier les incidences sanitaires liées aux changements climatiques sera lancé en 2009[[Projet issu du Printemps de l’environnement.]]. En Région wallonne, dans un document de travail intitulée « Stratégie régionale de développement durable », il était proposé de mettre en place une stratégie d’adaptation aux changements climatiques. Hélas, il s’agit bien d’un document de travail, celui-ci n’ayant pas dépassé le stade de la consultation des stakeholders[[Cette consultation a eu lieu en septembre et octobre 2008, la Fédération Inter-Environnement Wallonie y a participé.]]. Aux dernières nouvelles, il est bloqué au cabinet du Ministre wallon de l’environnement, Benoît Lutgen (cdH).

Atténuer les changements climatiques ET s’y adapter

La gravité de la situation nécessite une réponse sur les deux axes. La Fédération plaide donc pour que les gouvernements fédéral et régional s’attèlent rapidement à la mise en place d’une stratégie d’adaptation aux changements climatiques. Elle espère que les autorités ne réitèreront pas les délais d’adoption moyens des directives européennes dans ce cas et qu’elles affecteront les crédits nécessaires à la réussite – indispensable – de l’opération.

Pour de plus amples informations, consulter le site de la Commission sur l’adaptation ainsi que le Livre blanc (doc. ci-joint). Livre blanc de l’UE en matière d’adaptation aux changements climatiques