Nourrissage du gibier : une interdiction judicieuse

Nourrissage du gibier : une interdiction judicieuse

Ce 22 février, le Ministre wallon des Travaux publics, de l’Agriculture, de la Ruralité, de la Nature, de la Forêt et du Patrimoine, Carlo Di Antonio a annoncé « l’interdiction du nourrissage artificiel et intensif du sanglier en Wallonie », dès 2012. La Fédération Inter-Environnement Wallonie salue ce premier arbitrage politique dans l’épineux dossier de la chasse. Il permet aux partenaires réunis au sein du « Forum Chasse » de sortir de l’impasse et de négocier les modalités de réduction des densités de grand gibier. Une nécessité tant pour la forêt, l’agriculture que la biodiversité.

Les surdensités de grand gibier constituent le problème majeur de la forêt wallonne depuis plus de 10 ans. En 2006, le Ministre Benoît Lutgen avait décidé l’interdiction progressive du nourrissage en forêts domaniales. Conscient qu’il ne s’agissait là que d’un premier pas, le Ministre a commandité diverses études1 devant permettre d’objectiver la situation et faciliter un accord entre les différentes parties prenantes de ce dossier. Favorable à une concertation entre celles-ci, il a également initié un «Forum Chasse» destiné à lui soumettre des propositions d’action. Force est toutefois de constater que le fossé entre les parties prenantes au sein de ce Forum n’a cessé de se creuser sur la question du nourrissage. À de nombreuses reprises, les divergences de vues se sont étalées dans les médias. Seule face aux autres acteurs de la ruralité, la principale fédération représentant les chasseurs conteste le résultat des études scientifiques et relègue les excès constatés un peu partout à quelques cas isolés. La décision du Ministre acte l’intransigeance des chasseurs et arbitre entre des positions devenues inconciliables.

Cette décision renforce par ailleurs la position des communes wallonnes. Devant les dégâts à leurs forêts ou à l’agriculture, nombreuses d’entre elles ont en effet fortement restreint voire interdit le nourrissage au sein des propriétés communales. L’efficacité de la mesure était cependant limitée par la possibilité pour les chasseurs de nourrir hors de celles-ci. L’arbitrage ministériel soulage les communes de cette responsabilité et porte la décision à l’échelon le plus judicieux, celui de la Région.

La décision du Ministre Di Antonio va dans le sens de la déclaration de politique régionale et des propositions déposées par les scientifiques ; elle s’accorde en outre avec les décisions prises dans les pays voisins confrontés à cette même problématique.
Inter-Environnement Wallonie salue cet arbitrage du Ministre rendu nécessaire par l’autisme du monde la chasse. Il ne s’agit cependant que d’un premier pas dans la gestion de cette problématique. Il faut maintenant que le monde de la chasse soit « bon joueur » et s’accorde avec ses partenaires de la ruralité sur les mesures à mettre en ½uvre pour réduire drastiquement les populations de grand gibier dès 2012.