Nucléaire: trêve de tergiversations!

Plusieurs voix se sont élevées ces derniers jours dans la majorité pour remettre ouvertement en cause la loi de sortie du nucléaire. Argument avancé : sans le nucléaire, les objectifs de Kyoto ne pourront être atteints.
Pour la Fédération Inter-Environnement Wallonie, non seulement l’argumentation ne résiste pas à l’analyse mais, de plus, elle soutient une décision qui serait tout simplement préjudiciable pour l’avenir énergétique du pays.

On sait depuis quelque temps déjà que le CD&V, l’Open VLD et le MR sont partisans d’un report de la sortie programmée du nucléaire. Ce week-end, la présidente du CDH s’est également positionnée sur cette ligne arguant de l’incompatibilité de cette mesure avec la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre responsables des changements climatiques en cours. Quant au PS, s’il reste officiellement partisan du respect de la loi de sortie votée en 2003, il se montre nettement plus nuancé dans les faits, évoquant notamment la nécessité d’études complémentaires.

Pour la Fédération Inter-Environnement Wallonie, ces atermoiements n’ont pas lieu d’être et compromettent la reconversion énergétique de la Belgique.

Quelques faits méritent d’être rappelés :

 la loi de 2003 programmant la sortie du nucléaire à partir de 2015 n’a pas été votée sur un coup de tête ou un coup de force mais suite à de nombreuses consultations ;

 le scepticisme ou la mauvaise volonté ont déjà fait perdre cinq ans dans une mise en ½uvre volontariste d’alternatives au nucléaire ;

 en dépit de cette inertie politique, les capacités de production permettant de pallier à la fermetures des deux premiers réacteurs, en 2015, existent d’ores et déjà ;

 au dire même des professionnels du secteur, l’incertitude planant sur le devenir de la loi constitue un frein majeur aux investissements dans le développement des alternatives.

Par ailleurs, il semble utile de rappeler certaines vérités concernant le nucléaire :

 le nucléaire n’intervient que pour la production d’électricité et ne représente que 10% de la consommation finale d’énergie du pays ; son impact en terme d’émissions de gaz à effet de serre est très limité;

 si l’on considère l’ensemble de la filière, le nucléaire n’est pas une énergie propre ;

 la gestion des déchets est problématique et coûteuse pour aujourd’hui… et demain;

 l’indépendance énergétique ne sera pas obtenue avec le nucléaire, la Belgique ne produisant pas plus d’uranium que de pétrole ou de gaz ;

 prolonger la durée de vie des centrales aura pour conséquence une hausse de l’insécurité due à leur vieillissement.

Pour la Fédération Inter-Environnement Wallonie, reporter la sortie du nucléaire, c’est refuser d’opérer la transition de la Belgique vers une meilleure efficience énergétique. C’est aussi renforcer Electrabel-Suez et signifier l’abdication du pouvoir politique devant les producteurs. C’est finalement avouer qu’il n’y a pas de politique énergétique en Belgique sauf celle des producteurs d’électricité.

La Fédération appelle donc les politiques à assumer pleinement leurs responsabilités et à respecter la loi telle qu’elle a été votée. L’heure n’est plus au débat ni aux expertises complémentaires mais à l’action. Car c’est aujourd’hui que les filières énergétiques de demain se mettent en place et continuer plus longtemps avec le nucléaire, c’est s’avancer plus profondément encore dans l’impasse.