Nucléaire : une activité à risques dont on peut se passer…

En coopération avec Electrabel, les autorités ont procédé, le 8 novembre dernier, à la simulation d’un incident à la centrale nucléaire de Tihange. L’exercice de routine était destiné à préparer les acteurs concernés en cas de relâchement de radioactivité dans l’environnement, en accordant une attention particulière à la sécurité de la chaîne alimentaire. Mais la simulation revêtait cette fois-ci un sens particulier : elle fut menée deux semaines seulement après l’intrusion d’une trentaine de militants de Greenpeace sur le site de la centrale nucléaire afin de dénoncer les dangers d’un prolongement de la durée de vie des centrales.
L’aisance avec laquelle les individus se sont introduits dans la zone « protégée » pose en effet pour le moins question, lorsqu’on sait que des personnes animées d’intentions moins pacifistes pourraient facilement réitérer l’expérience. Et la menace terroriste semble d’ailleurs prise au sérieux par les organismes de sécurité nucléaire puisque l’AFCN (Agence fédérale pour de contrôle nucléaire) s’est récemment vue rappeler à l’ordre pour son manque de transparence, faisant alors valoir – abusivement selon la commission d’accès aux documents administratifs – dans sa justification l’argument suivant : « Suite aux attentats terroristes du 11 septembre 2001 (…), tous les pays font preuve d’une grande prudence par rapport à la publication de données relatives à des installations nucléaires eu égard aux menaces terroristes potentielles » [[« L’opacité nucléaire (re)pointée du doigt », Le Soir, 8 novembre 2006.
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Mais au-delà des risques nucléaires liés à d’éventuelles actions malveillantes, un autre constat semble contraster avec les discours rassurants tenus par les exploitants de centrale en matière de sûreté : le nombre de dysfonctionnements observés à Doel et Tihange a considérablement augmenté ces dernières années. En 2005, dix-sept « anomalies » (niveau 1 sur une échelle de 7) et un « incident » (niveau 2) avaient été constatés par l’Association Vinçotte nucléaire (AVN), chargée de vérifier les niveaux de sûreté des installations atomiques belges. Soit deux fois plus que l’année précédente. Et la tendance se poursuit puisque quatorze « anomalies » et un « incident » ont déjà été relevés depuis le début cette année. Deux dysfonctionnements de « niveau 2 » en deux ans donc, alors que le dernier évènement de ce type avait été observé en 1996…
Alors que l’AVN affirme que l’augmentation du nombre de dysfonctionnements indique « que des efforts sont nécessaires pour assurer le maintien de la sécurité » [[« Nucléaire : deux fois plus d’incidents », Le Soir, 15 juillet 2006.
]], ce constat soulève de nombreuses questions, à l’heure où certaines voix réclament une révision de la loi de sortie du nucléaire, afin de porter la durée de vie des réacteurs belges -initialement de trois décennies mais prolongée de dix ans depuis lors- à soixante ans. Car les risques d’accident sont bien entendu corrélés au vieillissement des centrales [[Pour plus d’informations, consulter le document « Vieillissement des centrales nucléaire et sécurité – les dangers de la prolongation de la durée de vie des réacteurs belges » réalisé conjointement par diverses associations environnementales.Joint à la présente nIEWs.
]], dont les conséquences potentielles en matière de sûreté sont de deux ordres : un accroissement du nombre d’incidents tels que petites fuites, fissures ou courts-circuits ; un affaiblissement graduel des matériaux des réacteurs, susceptibles de laisser notamment apparaître des problèmes de fissures dans le couvercle de la cuve du réacteur.

Prolonger la durée de vie de nos réacteurs nucléaires ne résoudra en aucune manière les problèmes énergétiques auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés : cela permettra tout au plus d’en reporter certains. Or, les remises en question de la sortie du nucléaire entretiennent le doute et freinent les investissements dans les alternatives (efficacité énergétique, maîtrise de la demande, énergie renouvelables et cogénération). Alternatives qui, au vu des projets récemment mis en œuvre ou qui aboutiront d’ici 2010, peuvent nous permettre de fermer les trois plus vieux réacteurs qui atteindront l’âge de quarante ans en 2015 [[Pour plus d’informations, consulter le document « La sortie du nucléaire… une réalité déjà inscrite dans les faits ! », réalisé conjointement par diverses associations environnementales.Joint à la présente nIEWs

Signez une pétition européenne pour la sortie du nucléaire : 1 million de signatures pour sortir du nucléaire
Il y a aujourd’hui 503.487 signatures et l’objectif est d’atteindre le million pour le premier trimestre de l’année 2007.

Illustration: http://www.sortirdunucleaire.org/.]] Mais les politiques actuellement menées seront insuffisantes pour assurer la fermeture des quatre réacteurs les moins anciens, entre 2022 et 2025. C’est dès aujourd’hui qu’il faut préparer ces prochaines mises à l’arrêt, en menant enfin une politique énergétique cohérente et ambitieuse aux échelons national et régional.

Inter-Environnement Wallonie

La voix du mouvement environnemental