Offre TEC : besoin d’une vision pour éviter les coupes à l’aveugle

Offre TEC : besoin d’une vision pour éviter les coupes à l’aveugle

Depuis des mois, le point « trajectoires budgétaires du Groupe TEC » est à l’ordre du jour du Gouvernement wallon, sans jamais donner lieu à une décision. Le contrat de gestion a pourtant pris fin en 2010. L’urgence est donc de mise pour pallier à 3 ans de gestion tâtonnante, sans vision !

Sans doute avons-nous évité le pire ces trois dernières années grâce aux subventions supplémentaires qui ont été accordées annuellement au Groupe TEC pour compenser la mesure de non-indexation des OIP (Organisme d’intérêt public) prise par le Gouvernement wallon. Cependant, ces petits compléments semblent insuffisants puisque le Groupe TEC vient d’annoncer la mise en œuvre de plans d’économies pour tenter de boucler l’année 2013 en équilibre. L’absence d’une vision sur l’offre de transport de demain (plan transport) et de perspectives financières entraîne l’application de mesurettes d’économies dont nous doutons de la pertinence.

Une vision « réseau 2020 » indispensable

« Bon, les gars, il va falloir faire des économies : faites-moi une liste des parcours les moins fréquentés ». Voilà sans doute comment, concrètement et localement, sont envisagées les économies qui sont imposées à un directeur d’exploitation du TEC. Irrationnel ? Non. N’est-il pas logique de supprimer les parcours les plus coûteux pour la collectivité et les moins utilisés (je n’ai pas dit les moins utiles !) ? C’est ainsi que depuis des décennies l’offre TEC évolue. Au gré des contextes budgétaires, on retire à droite à gauche les parcours les moins rentables ou on ajoute à droite à gauche de nouveaux parcours ou lignes. Je ne doute pas que chacun de ces choix soit réfléchi en fonction de la clientèle réelle ou potentielle estimée – avec les moyens du bord ; mais aussi, il faut l’admettre, en fonction de la virulence des propos de l’un ou l’autre délégué syndical ou la présence de l’un ou l’autre bourgmestre dans le CA. Soit. Je m’interroge par contre beaucoup sur la cohérence globale de ces choix. Y a-t-il un pilote dans l’avion ?

A force de supprimer ici et là quelques parcours en heures creuses, la ligne perd toute attractivité pour d’autres motifs que le domicile-école. Autant alors, basculer cette ligne en transport scolaire (offre de carence) et faire de réelles économies qui permettront de maintenir ailleurs une offre utile. La méthode du saupoudrage (ou de la râpe à fromage) n’est pas efficace pour gérer une offre de transport en commun.

Une trajectoire budgétaire cohérente nécessaire

Comment un gouvernement peut-il d’une part élaborer un projet de décret climat et d’autre part désinvestir dans le transport en commun ? Quand on sait que le transport routier est le deuxième secteur responsable des émissions de CO2 en Wallonie[[TBE 2010 : (en parlant du CO2) les principales sources d’émissions sont l’industrie (44,5%), les transports routiers (19,7%) et le secteur résidentiel (11,9%)]] et un des rares secteurs qui voit cette part sans cesse augmenter[[TBE 2010 : les transports routiers ont vu leurs émissions de CO2 augmenter de 31,1% entre 1990 et 2007.]] . Par ailleurs, la presse nous a récemment rappelé la mauvaise place de la Belgique dans la classe européenne en matière de pollution de l’air. La réduction des concentrations d’oxyde d’azote et de particules fines passera par un changement de notre système de transport : moins de déplacements en voitures particulières, plus d’utilisateurs de l’offre de transport en commun, dans un matériel roulant plus efficace d’un point de vue environnemental,…

Tout cela demande bien entendu des moyens. Il faut octroyer au Groupe TEC une dotation d’investissement suffisante pour renouveler et agrandir le parc des bus. Il faut aussi leur attribuer une dotation d’exploitation ambitieuse pour améliorer la satisfaction d’un nombre croissant d’usagers par une desserte toujours plus attractive.
Évidemment, en temps de rigueur budgétaire, les décisions d’investissements ne sont pas faciles. Mais finalement, en période de crise économique, n’est-il pas plus pertinent d’investir dans une entreprise publique qui offre un emploi stable et non-délocalisable et qui propose un service nécessaire au développement économique de la Wallonie et indispensable pour les citoyens les plus fragiles économiquement ?

Juliette Walckiers

Anciennement: Mobilité