On en a gros sur la patate !

On en a gros sur la patate !

17 avril 1996, dix-neuf paysans du Mouvement des travailleurs ruraux sans terre du Brésil étaient assassinés par des tueurs à la solde de grands propriétaires terriens. C’est en mémoire à ces paysans morts parce qu’ils défendaient leurs droits, que la Via Campesina a déclaré le 17 avril :  « Journée mondiale des luttes paysannes ».

Dans le cadre de cette journée internationale, une action de mobilisation a eu lieu à Frameries pour s’opposer à la construction d’une méga-usine à frites par la société Clarebout. Cette action fût organisée par le collectif citoyen « La Nature Sans Friture » et le Réseau de Soutien à l’Agriculture Paysanne (RéSAP) dont IEW fait partie.

Mais que représente donc la culture de la patate et quel est son impact ?

La culture de la pomme de terre en Belgique :

Dans son étude « Patates en colère » pour le FIAN1, Manuel Eggen met en avant les dérives de l’agrobusiness de la pomme de terre en Belgique.

Six entreprises s’y sont spécialisées dans la transformation de produits surgelés à base de pommes de terre. Celles-ci contrôlent plus de 90% du marché national et depuis 2011 la Belgique est le premier exportateur de produit surgelé à base de pommes de terre dont principalement les frites. Une fierté nationale pour certains, une aberration écologique et sociale pour d’autres.

Ces exportations sont néfastes pour les petits et moyens paysans des pays importateur qui ne savent pas faire face à cette concurrence déloyale, tandis qu’en Belgique l’industrie de la patate belge, elle-même, doit importer des quantités supplémentaires, notamment pour l’industrie de la transformation et pour les marchés des pommes de terre hâtives et pommes de terre bio2. Ce système économique est donc néfaste, tant pour nos propres agriculteurs et agricultrices que pour ceux et celles à l’autre bout de la planète. Très récemment, les producteurs belges de pommes de terre bio ne savaient pas écouler leur stock à cause des importations du même produit venant d’Espagne ou Israël vendu à moindre coût3.

Les producteur·trices belges se retrouvent coincé·es par le système institué par l’agro-industrie de la pomme de terre. Les contrats mis en place par ces géants industriels obligent les agriculteur·trices à prester un quota et ce, sans tenir compte des risques météorologiques et climatiques. Et si ces contrats ne sont pas respectés, c’est l’agriculteur qui doit rembourser la différence.

En plus de ces différents impacts sociaux, la culture de la patate a de gros impacts écologiques et environnementaux. Elle est une des cultures qui demande le plus de pesticides et de fongicides. L’industrie agrochimique recommande jusqu’à 20 pulvérisations de produits phytosanitaires par récolte, ce qui équivaut à 17,6 kg de produit par hectare4. Ces cultures intensives entrainent l’érosion et l’épuisement des sols.

Nous pouvons en outre mentionner l’empreinte carbone des produits exportés, le déversement d’eaux polluées dans nos cours d’eau, la pollution de l’air et les odeurs nauséabondes que subissent les riverains.

L’action « On en a gros sur la patate »

Dimanche 18 avril, après une heure de route j’arrive sur place en début de matinée. Un partie de l’organisation déjà présente se consacre au montage les tonnelles à l’accrochage des affiches. Le froid pique, l’horizon est brumeux, mais on sent que la journée va être belle et que nos revendications se feront entendre.

La journée commence et nous sommes plus de cent réunis en deux sites autour des entrepôts. On ouvre le bal avec le Kata de la Houe. Cet art martial, qui se pratique avec une houe, symbolise la lutte des paysans du monde pour la souveraineté alimentaire.

C’est durant ce Kata que le collectif ‘Clareprout’ installe deux énormes bannières sur les bâtiments de l’entreprise sous les applaudissements des personnes présentes.

Au terme de quelques prises de parole, la première activité de la journée est lancée. Une plantation de pommes de terre bio, locales et paysannes se fait autour des entrepôts Clarebout.

Ce geste est simple, mais symbolique. Il sert à montrer que nous, citoyens et citoyennes, agriculteurs et agricultrices, et associations de la société civile, sommes réunis pour s’opposer à ce projet pharaonique et à tout ce qu’il représente.

Dans l’après-midi, deux assemblées sont constituées (normes sanitaires obligent). Leur fil rouge va du local au global, des témoignages des collectifs locaux et des agriculteurs, aux des interventions relatives aux accords UE-Mercosur et ce qu’ils impliquent. Lors de ces assemblées, intervient qui le souhaite pour préserver une horizontalité assumée.

La journée se termine sur le rythme donné par le groupe de percussionnistes présent sur place. Chacun est invité à accrocher la pancarte qu’il a écrite sur la grillage de l’entreprise.

Cette journée fut une réussite, nous avons ouvert les journaux télévisés du 13h sur la RTBF et sur RTL, nous sommes apparus dans plus de 28 interviews tv, radio et articles de presse de différents quotidiens.  

Nous nous sommes fait entendre et on espère qu’on nous répondra !

Pour plus d’information sur la question je vous invite à consulter l’étude du Fian « Patate en colère » sur ce lien :

http://fian.be/IMG/pdf/patates-en-colere-etude-2021.pdf

Et à consulter le reportage Investigation de la RTBF : « La frite surgelé, univers impitoyable » sur ce lien

https://www.rtbf.be/auvio/detail_investigation?id=2742361


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  1. Eggen, M. (2021, avril). Patates en colère. FIAN Belgium. http://fian.be/IMG/pdf/patates-en-colere-etude-2021.pdf
  2. Ibid. p.6
  3. Agriculture : la colère gronde chez les producteurs de pommes de terre bio. (2021, 2 avril). Le Soir Plus. https://plus.lesoir.be/364325/article/2021-04-02/agriculture-la-colere-gronde-chez-les-producteurs-de-pommes-de-terre-bio
  4. Eggen, M. (2021, avril). Patates en colère. FIAN Belgium. http://fian.be/IMG/pdf/patates-en-colere-etude-2021.pdf p.7

Ernest Vander Linden

Mobilisation & Réseau