Pesticides à domicile : le loup est dans la bergerie

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Certains pesticides, interdits en agriculture, sont autorisés pour un usage par les particuliers. Vendus à de faibles quantités, ils sont pourtant présents dans de nombreux produits et ont des conséquences graves sur la santé, plus particulièrement sur chez les enfants (et les femmes enceintes). Etat des lieux et conseils pour se protéger.

En 2018, l’étude wallonne EXPOPESTEN a dosé les taux de pesticides présents dans les urines de 258 enfants1. Des métabolites des pyréthrinoïdes ont été retrouvés chez 99.6% des enfants testés. Des résultats similaires ont été constatés en Bretagne avec 95% des échantillons urinaires positifs.  Dans les poussières de maison, ils sont détectés chez 100% des ménages 2. Ces pyréthrinoïdes sont des insecticides, interdits en agriculture depuis une quinzaine d’années.

Quels impacts sur notre santé peuvent-avoir ce genre de molécules ? 

Les études sont nombreuses sur les pyréthrinoïdes. La cohorte française PELAGIE a démontré une baisse des performances cognitives chez les enfants exposés in utéro 3. Concernant le diabète, les personnes les plus imprégnées en pyréthrinoïdes ont 218% (!!) de risque en plus d’être diabétique de type 2 4. Une autre cohorte aux USA, montre une hausse de la mortalité, notamment pour des problèmes cardiovasculaires, chez les personnes les plus exposées 5. Concernant les paramètres de fertilité, deux études montrent un baisse de la réserve ovarienne 6 et de la qualité du sperme 7 en lien avec ces substances. Cette autre revue de la littérature démontre que les pyréthrinoïdes sont à la fois toxiques pour les mécanismes de réparation neuronale, mais qu’elles activent aussi toute une série de cascades inflammatoires néfastes au niveau du cerveau. Ce sont ces mêmes phénomènes qui sont retrouvés dans des maladies neurodégénératives telles que le Parkinson 8.

Ce sombre bilan dressé, on aimerait comprendre pourquoi nous sommes si universellement exposés. Et savoir comment se débarrasser de ces poisons.

Dans cette famille d’insecticides, on retrouve entre autres la perméthrine. Cette molécule est bien interdite en agriculture en Europe depuis 2000, mais est toujours disponible en ventre libre pour les particuliers. La deltaméthrine et la cyperméthrine sont par contre toujours utilisées en agriculture 9. Il s’agit d’une famille d’insecticides relativement peu utilisée qui représente moins de 1% des produits phytopharmaceutiques pulvérisées 10.

Par contre, la perméthrine se cache sous de nombreuses formes à la maison : le traitement anti-puces pour les animaux, l’utilisation de répulsifs pour tiques, les sprays anti-acariens, les traitements pour la gale, sles shampoings anti-poux ou les bombes insecticides (pour araignées, fourmis, insectes rampants…). Elle est aussi utilisée par les services de lutte anti-parasitaire (puce de lit…) ou en usage vétérinaire. Certains de ces produits, comme par exemple les répulsifs à tiques à pulvériser sur les vêtements avant une promenade, sont même autorisés pour les femmes enceintes et les enfants ! Il en faut peu pour contaminer son intérieur, les utiliser 1 à 2 fois par an est corrélé à une hausse de la quantité de perméthrine à domicile 11.

D’après une enquête de l’ANSES réalisée en 2014, 75% des ménages français interrogés ont utilisé au moins un pesticide à domicile dans les 12 mois. Environs 88% des ménages avouent ne jamais aérer et ne pas attendre avant de ré-entrer dans la pièce après l’application d’un produit contre les parasites des animaux domestiques.

Mis à part l’usage de ces produits à domicile, d’autres facteurs ont été corrélés à ces taux urinaires de pesticides chez les enfants comme la proportion d’aliments bio dans l’assiette (au plus on mange bio, au moins on retrouve de pesticides), ou que les parents soient exposés professionnellement à des pesticides 12.

Les petits enfants sont effectivement une population particulièrement fragile face à ces polluants. En mettant tout en bouche et en étant majoritairement au sol, ils sont très exposés aux poussières de maison où se concentrent ces produits. Ils ont également une vulnérabilité particulière de par leur petite taille (proportionnellement à la dose ingérée), leurs mécanismes de détoxification encore en rodage et la fragilité des barrières de protection qui entourent le cerveau (comme la barrière hémato-encéphalique). Tous ces produits arrivent dans un organisme en croissance, nécessitant une orchestration hormonale parfaite pour éviter tout développement de pathologies ultérieures 13. Les bébés, ainsi que les femmes enceintes sont donc particulièrement à protéger de ces produits.

L’agriculture n’est donc pas notre seule source d’exposition aux pesticides, et l’impact de cet usage domestique, bien que représentant un faible pourcentage des ventes totales de produits phytopharmaceutiques, est majeur car ils sont utilisés sans matériel de protection, dans des espaces clos, lors de moments critiques du développement. Les revendeurs de ces produits ne sont pas formés à délivrer une information pertinente. Il est urgent de prendre les mesures nécessaires à la protection efficace de la population.

Quelques pistes pour réduire son exposition aux pesticides :

  1. Limitez au maximum l’usage de pesticides au jardin et à l’intérieur. Si vous êtes enceinte ou avez un projet de grossesse, n’utilisez jamais ce genre de produits.
  2. Jetez les produits que vous n’utilisez plus en déchetterie.
  3. Ne laissez pas dormir les animaux qui viennent d’être traités pour leurs puces avec vous ou avec vos enfants
  4. Vérifiez les étiquettes et privilégiez des alternatives naturelles et biologiques.

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  1. ISSEP – INSTITUT SCIENTIFIQUE DE SERVICE PUBLIC. EXPOPESTEN : Biomonitoring des pesticides dans des populations d’enfants vivant dans des zones d’expositions aux pesticides contrastées. 2018
  2. Glorennec P, Serrano T, Fravallo M, Warembourg C, Monfort C, Cordier S, et al. Determinants of children’s exposure to pyrethroid insecticides in western France. Environ Int. juill 2017;104:76‑82
  3. Viel J-F, Rouget F, Warembourg C, Monfort C, Limon G, Cordier S, et al. Behavioural disorders in 6-year-old children and pyrethroid insecticide exposure: the PELAGIE mother-child cohort. Occup Environ Med. mars 2017;74(4):275‑81
  4. Park J. Environmental pyrethroid exposure and diabetes in U.S. adults. Environ Res. mai 2019;172:399‑407
  5. Bao W, Liu B, Simonsen DW, Lehmler H-J. Association Between Exposure to Pyrethroid Insecticides and Risk of All-Cause and Cause-Specific Mortality in the General US Adult Population. JAMA Intern Med. 1 mars 2020;180(3):367‑74
  6. Jurewicz J, Radwan P, Wielgomas B, Radwan M, Karwacka A, Kałużny P, et al. Exposure to pyrethroid pesticides and ovarian reserve. Environ Int. nov 2020;144:106028
  7. Radwan M, Jurewicz J, Wielgomas B, Sobala W, Piskunowicz M, Radwan P, et al. Semen quality and the level of reproductive hormones after environmental exposure to pyrethroids. J Occup Environ Med. nov 2014;56(11):1113‑9
  8. Mohammadi H, Ghassemi-Barghi N, Malakshah O, Ashari S. Pyrethroid exposure and neurotoxicity: a mechanistic approach. Arh Hig Rada Toksikol. 1 juin 2019;70(2):74‑89
  9. Comité régional phyto – ELIM. Estimation quantitative des utilisations de produits phytopharmaceutiques. 2020
  10. 4,3 tonnes pour la cyperméthrine et la deltaméthrine réunis VS 619 tonnes de glyphosate en 2017 Source : Comité régional phyto – ELIM. Estimation quantitative des utilisations de produits phytopharmaceutiques. 2020
  11. Glorennec P, Serrano T, Fravallo M, Warembourg C, Monfort C, Cordier S, et al. Determinants of children’s exposure to pyrethroid insecticides in western France. Environ Int. juill 2017;104:76‑82
  12. Glorennec P, Serrano T, Fravallo M, Warembourg C, Monfort C, Cordier S, et al. Determinants of children’s exposure to pyrethroid insecticides in western France. Environ Int. juill 2017;104:76‑82
  13. Román GC. Autism: Transient in utero hypothyroxinemia related to maternal flavonoid ingestion during pregnancy and to other environmental antithyroid agents. J Neurol Sci. nov 2007;262(1‑2):15‑26