Pesticides : la sensibilisation en cache-sexe de l’inaction politique

Pesticides : la sensibilisation en cache-sexe de l’inaction politique

Du samedi 19 jusqu’à ce mercredi 30 mars, la Wallonie a vécu au rythme de la « Semaine sans pesticides ». De multiples actions ont permis de sensibiliser le public aux dangers de l’utilisation de ces substances chimiques et de promouvoir des alternatives naturelles.
Si elle se félicite de l’initiative, la Fédération Inter-Environnement Wallonie regrette qu’elle ne se double pas de mesures politiques conséquentes, la Région se trouvant en matière de pesticides face à un vide législatif qui n’a que trop duré.

S’exprimant dans plusieurs médias à l’occasion de cette «Semaine de pesticides», le ministre Lutgen a fait connaître son souhait de voir les compétences en matière de « normes de produits » régionalisées. A l’en croire, cette réforme permettrait de rendre moins aisée la commercialisation des pesticides sur le marché wallon, ce pour le plus grand bien de la santé et de l’environnement.

La proposition ministérielle apparaît tellement irréaliste qu’elle relève davantage de l’effet d’annonce appelé à rester sans lendemain que d’une réelle volonté politique. La régionalisation évoquée impliquerait en effet que chaque région doive se prononcer avant la commercialisation d’un produit sur son territoire ce qui conduirait de facto à l’existence de trois marchés différents en Belgique ! On imagine assez l’absurdité de pareille situation…

On peut par ailleurs s’interroger sur l’impact positif que la mesure serait censée avoir sur la protection de l’environnement et de la santé en Wallonie. Le ministre affirme qu’elle s’en trouverait renforcée mais c’est loin d’être évident au regard des politiques menées en cette matière des deux côtés de la frontière linguistique. Ainsi, l’utilisation des pesticides sur les espaces publics est une compétence régionalisée depuis la loi spéciale du 8 août 1980. Mais alors que la Flandre se dotait dès 2001 d’un cadre strict pour arriver à une interdiction pure et simple en 2014, la Wallonie reste aujourd’hui encore en attente d’une législation devant remplacer un arrêté du gouvernement wallon de… 1984 qui régit l’utilisation des herbicides sur les espaces publics mais néglige insecticides et fongicides.

Pour Inter-Environnement Wallonie, une opération comme la « Semaine sans pesticides » ne peut servir de cache-sexe de l’inaction politique. La Fédération invite donc les ministres concernés, Benoît Lutgen et son collègue Philippe Henry, à adopter au plus vite des mesures permettant de réelles avancées sur ce dossier lourd d’enjeux environnementaux mais aussi sanitaires. Le futur plan d’action national (NAPAN) leur offrira une excellente opportunité de passer de la parole aux actes et de concrétiser leur volonté affirmée de réduction de l’utilisation des pesticides, non seulement par les particuliers mais surtout au niveau agricole.