Petit poisson ne deviendra plus…

Petit poisson ne deviendra plus…

Je vous le confirme sans hésiter (au cas où vous en douteriez encore) : nous sommes aujourd’hui capables de vider les océans de leurs poissons. Le WWF l’a en effet montré depuis des années, nous pêchons aujourd’hui 2 fois et demi plus de poissons que ce que les écosystèmes sont capables de supporter. Écosystèmes mis à mal par des dégradations et pollutions d’origine humaine récurrentes. A moins d’une inversion de la tendance, les stocks de poissons pêchés en mer aujourd’hui pour l’alimentation seront complètement épuisés d’ici 2048.

Et le tableau n’est guère plus réjouissant du côté des rivières européennes : 200 des 522 espèces de poissons d’eau douce d’Europe, soit 38%, sont menacées d’extinction et 12 sont déjà éteintes. La situation des poissons migrateurs amphihalins –qui transitent de l’eau douce à la mer– est à ce titre particulièrement préoccupante.
En France le dernier bilan bilan consacré à la liste rouge des espèces menacées fait état d’un poisson d’eau douce sur cinq menacé. Le Comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), la Société française d’ichtyologie et de l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (Onema) soulignent que « la dégradation et la destruction des milieux naturels constituent la principale menace pour les poissons d’eau douce ». La qualité de nombreux milieux naturels d’eau douce est également altérée par la pollution, à laquelle les poissons sont souvent très sensibles.

Triste symbole de ces maux, exposée à de nombreux polluants et pesticides, mais également victime des barrages empêchant ses migrations ou des turbines des centrales hydroélectriques qui les tuent directement : l’anguille européenne, aujourd’hui classée en «danger critique d’extinction». En Wallonie, elles sont interdites de pêche depuis juin 2006 pour raison de contamination au PCB. Les analyses ont en effet révélé des concentrations de 40 à 1761 ng/g de poids frais dans la chair des anguilles alors que la norme, pour la santé humaine, est de 75 ng/g. Les PCB sont connus pour leur toxicité pour la reproduction, leur immunotoxicité et leur cancérogénécité… Beaucoup d’anguilles mourront plus directement, happées par les turbines des centrales hydroélectriques lors de leur dévalaison : on notait en 2008 de 10 à 30 % de mortalité dans les turbines de la partie wallonne du bassin de la Meuse, et jusqu’à 90 % de mortalité cumulée pour le stock de l’ensemble du fleuve.

L’Europe a pris le problème en charge en adoptant le règlement CE n° 1100/2007 qui institue des mesures de reconstitution du stock d’anguilles. Il est une réponse à la situation catastrophique des populations d’anguilles, dont le niveau actuel menace la survie de l’espèce. Ce plan a pour objectif de réduire la mortalité anthropique afin d’assurer un taux d’échappement vers la mer d’au moins 40% de la biomasse d’anguilles argentées.
Compte tenu des mortalités déjà observées actuellement, l’ajout de nouvelles pressions sur les populations d’anguilles européennes est totalement incompatible avec le règlement européen. Il est donc indispensable que les projets de nouvelles centrales hydroélectriques disposent d’un système effectif d’arrêt du turbinage lors des migrations d’anguilles. En effet, les mortalités supplémentaires viendraient annihiler toutes les actions préconisées par le plan visant à restaurer l’effectif de ce poisson migrateur.

En matière de biodiversité, des drames se jouent autour de nous sans que nous en ayons conscience. Des anguilles au bord de l’extinction dans la Meuse, des océans vidés de leurs cabillauds, espadons, flétans, loups, raies…
Tout ceci sans compter les impacts du changement climatique, clairement pointés dans un rapport de la FAO : « A des échelles temporelles courtes – de l’ordre de quelques années – la hausse des températures aura des répercussions sur la physiologie des poissons en raison du transport limité d’oxygène vers les tissus à des températures plus élevées. »

Consommateurs de poisson – référez-vous aux conseils avisés d’écoconso et suivez le conseil pratique guide d’achat du WWF. Et tous agissons en faveur de la biodiversité, par exemple en commençant par de petits geste gestes, ou en participant à un chantier nature

Extrait de nIEWs (n°67, du 14 au 18/01/2010)

la lettre d’information de la Fédération.

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