Petites gares: “un confort minimum, svp!”

Petites gares: “un confort minimum, svp!”

Le CCU (comité consultatif des usagers auprès de la SNCB) est un organisme malheureusement peu connu. Il rédige des avis très bien construits et argumentés et, ce qui ne gâche rien, particulièrement pertinents. Ses membres sont des représentants des différentes composantes de la société : entreprises, syndicats, associations, … Le CCU a récemment adopté un avis intitulé « Fermeture des salles d’attente : et après ? ». Morceaux choisis…

Le texte de cet avis mériterait d’être reproduit entièrement ici. Nous n’en proposerons toutefois que quelques extraits assortis de commentaires de notre cru, en invitant le lecteur à consulter l’entièreté du document en pièce jointe.

L’avis fait suite à une étude du confort d’attente offert aux voyageurs après la fermeture des guichets dans 45 gares durant la période 2003-2005. En 2007, 32 de ces gares ont été visitées et évaluées quant à leur confort d’attente réel. Selon le CCU : « Alors que l’étude constate un accueil assez satisfaisant en plusieurs endroits, le résultat global est franchement décevant. En toute objectivité, la conclusion s’impose : plus de 15000 voyageurs sont concernés, et la grosse majorité doit subir une sérieuse détérioration de leur confort d’attente ».

La fermeture des guichets sur la période 2003-2005 fut justifiée par des raisons financières, les recettes générées par la vente de billets ne couvrant plus les charges de personnel. On ne dénoncera jamais assez les dangers d’une telle approche poste par poste : toute entreprise, publique ou privée, a des branches d’activités qui ne sont pas directement « rentables » en tant que telles mais qui contribuent à la qualité générale du service ou du produit offert.

A l’époque, Inter-Environnement Wallonie avait mobilisé l’opinion publique pour tenter d’infléchir la position de la SNCB : pétition « petites gares » ayant recueilli 10000 signatures, interpellation des autorités fédérales, table ronde, conférences de presse, travail en coordination avec les syndicats… Bien que modestes, les résultats furent probants. Le CCU rappelle que « Il fut décidé, d’une part, de surseoir à la fermeture des guichets de certaines gares menacées, tout en réduisant considérablement leurs heures d’ouverture (par ex. Aywaille) et d’autre part, pour les gares où les guichets devaient fermer totalement, de rechercher une solution en collaboration avec les autorités locales afin d’assurer l’accueil des nombreux navetteurs et voyageurs ordinaires. Un accord fut trouvé avec la Région wallonne, celle-ci prévoyant les fonds nécessaires afin d’aider les communes à racheter le bâtiment de gare abandonné ou à conclure un bail emphytéotique, tout en y maintenant une salle d’attente pour les voyageurs. »

Néanmoins, « vers le 30 juin 2005 les guichets de plus de 30 gares fermèrent leurs portes, d’autres fermetures ayant déjà été rendues effectives les semaines, les mois, voire les années précédentes (par ex. Bressoux, Courcelles, Quévy). »

En entreprenant, à travers tout le pays, une tournée de ces gares où les guichets ont été fermés, le CCU avait pour objectif de vérifier ce qu’il était advenu du confort d’attente des voyageurs après la fermeture de leur salle d’attente (fermeture accompagnant le retrait du personnel de gare et la fermeture des guichets). Les résultats parlent d’eux-mêmes ! Nous ne relèverons ici que quelques faits parmi d’autres…

 « Au niveau de la vente de billets et de l’information, aucun guichet automatique n’a été installé dans aucune des 32 gares visitées par le CCU; les voyageurs doivent donc s’adresser au personnel des trains. »

 « Dans seulement 6 des 32 gares visitées, un espace d’attente est encore prévu, même si en plusieurs endroits celui-ci n’est pas toujours accessible. »

 « 13 des 32 gares (40%) sont comme neuves ! Il y a quelques années, huit d’entre elles ont été partiellement ou totalement rénovées. Cinq autres sont de construction récente. La moitié des bâtiments sont vides. »

Selon le CCU, « des 32 gares visitées, la palme des gares les moins accueillantes revient incontestablement à Gedinne (159 voyageurs par jour), Limal (390) et Tilly (230), auxquelles il faut bien-sûr ajouter celle de Thuin (316 voyageurs par jour), avec sa façade aveugle aux portes et fenêtres condamnées, sa marquise disloquée et ses abris obscurs et peu rassurants. »

Pour bien comprendre les dessous de cette évolution, il faut replacer le dossier de la fermeture des petites gares dans le cadre de la libéralisation des services ferroviaires en Europe. La SNCB, placée dans une logique de rentabilité financière, recentre son offre sur les grandes lignes desservant les grandes agglomérations, là où les flux de voyageurs sont importants. Le maintien d’un service public de qualité sur les petites lignes ne constitue dès lors pas le souci premier de la SNCB, qui est tentée de fermer des gares comme la Poste ferme des bureaux…

Cette évolution pose (au moins) triplement question. D’une part, quelle est la pertinence de fermer une petite gare où les ventes de billets ne couvrent pas exactement les frais de personnel quand, dans le même temps, on construit une véritable cathédrale en guise de gare principale à Liège, pour un montant dépassant allègrement les 400 millions d’euros ? D’autre part, comment les avis quasi unanimes selon lesquels il est indispensable de réorienter nos pratiques de mobilité vers des modes plus durables peuvent-ils être à ce point ignorés ? Le transport ferroviaire est pourtant LE moyen de transport à maintenir et développer en raison de ses faibles émission de gaz à effet de serre et de sa faible consommation énergétique. Troisièmement, si beaucoup de grandes ligne se trouvent au bord de la saturation, nombre de petites lignes présentent une réserve de capacité qu’une politique de promotion pourrait permettre de développer. Comment ne pas voir cette évidence et rester enfermé dans cette logique de diminution de l’offre ?

Pour en revenir aux petites gares belges, face à cette situation plus que critique, le CCU – et nous lui laisserons le mot de la fin – émet deux revendications empreintes de sagesse. Seront-elles entendues ?

« Le Comité demande, pour chacune de ces gares, une salle d’attente accessible, chauffée en hiver, ainsi que des abris et des places assises (abritées) sur chaque quai et en nombre suffisant : il s’agit là du confort minimum auquel le voyageur est légitimement en droit de prétendre dans un pays civilisé. »

« Le Comité demande qu’une nouvelle affectation soit trouvée à ces bâtiments de gare abandonnés, tout en y rétablissant un espace d’attente décent. Le but n’est pas seulement de mieux accueillir mais aussi de rassurer les voyageurs délaissés depuis la fermeture des guichets. A quoi bon laisser ces bâtiments à l’abandon se dégrader pendant de longues années, pour finalement tomber en ruines ? »

Pierre Courbe

Mobilité