Plan communal d’aménagement de Naucosse à Eghezée

Namur, le 4 novembre 2004.

Communiqué de presse

Aménagement du Territoire

Plan communal d’aménagement de Naucosse à Eghezée

Avis de la fédération Inter-Environnement Wallonie.

Le projet vise à implanter une zone d’activité économique mixte d’une trentaine d’hectares au lieu-dit Naucosse, sur des terrains situés pour l’essentiel en zone d’aménagement différé à caractère industriel. Cette zone d’aménagement différé à caractère industriel prolonge en fait la zone industrielle accueillant les bassins de décantation de la sucrerie de Longchamp, située de l’autre côté de la nationale 91. Le plan communal d’aménagement est accompagné d’une étude d’incidences de plan, qui a été réalisée par le bureau Poly-Art.
Inter-Environnement est entièrement défavorable à ce projet pour les raisons exposées ci-après.
A propos des besoins économiques auxquels répond le PCA.

  1. L’étude d’incidences ne dit pas clairement si cette zone est de niveau local ou régional.
    Le fait que les potentialités du site sont évaluées en comparaison avec Gembloux-Sauvenière et Fernelmont, zones de niveau régional, laisse à penser que le bureau s’est rallié à la seconde option. Nous ne pourrions alors le suivre, car dans ce cas:
  • l’accessibilité du parc est insuffisante à cette fin;
  • le futur parc d’Eghezée entrerait en concurrence directe avec celui de Fernelmont tout proche, qui vient de recevoir une extension de 58ha;
  • les calculs des besoins à 10 ans du BEPN o­nt été faits via le ‘plan prioritaire’, abouti le 22 avril dernier. Le zoning de Gembloux-Sauvenière s’est ainsi accru d’une vingtaine d’hectares; celui de Rhisnes, de septante hectares; et un nouveau parc est prévu à Bouge pour une superficie d’une trentaine d’hectares. Le BEPN n’a donc plus besoin de terrains et les 30 hectares d’Eghezée seraient surnuméraires, et d’autant plus dépassés par la concurrence des autres zonings du Namurois qu’ils sont bien plus mal situés en termes d’accessibilité.
  • Enfin Eghezée n’a pas besoin économiquement de drainer des revenus à partir des régions voisines. o­n notera à cet égard que le revenu imposable par déclaration, tant moyen que médian, est plus élevé à Eghezée que pour la moyenne de l’arrondissement[1]. Notamment les zones plus industrielles de ce dernier se caractérisent par des revenus moindres, ce qui atteste a contrario de la valeur économique que représente le cadre de vie dans les revenus communaux.
  1. Si l’ambition de la Commune est de réaliser là une zone locale, c’est à dire basée sur le développement endogène de son territoire, alors l’option de départ est pertinente; mais le calcul des besoins, tel qu’effectué dans l’étude est inadapté, il eût du être fait sur base d’une estimation des besoins locaux. Ceux-ci sont vraisemblablement peu élevés, la Commune vivant essentiellement de l’agriculture (exploitations agricoles, râperie). Le type d’activité relevant des besoins locaux peut prendre place sans dommage dans une zone d’aménagement différé (Eghezée en compte 50ha!), où le BEPN pourrait réaliser un projet susceptible de bénéficier des aides instituée par la loi d’expansion économique.

    Dans un cas comme dans l’autre le présent projet ne se justifie pas.

A propos de la destination de la zone.

Rien ne permet de penser que les entreprises qui voudraient s’implanter à Naucosse sont d’une autre nature que celles qui se sont déjà implantées le long de ce qui sera la voie d’accès au projet, c’est à dire le long de la chaussée de Louvain. Celle-ci a fait malheureusement l’objet d’une urbanisation linéaire où o­nt pris place nombre de petites entreprises ou de commerces, caractéristiques des implantation que l’on peut voir en zone mixte avec ce type d’accès (nationale). La qualité urbanistique, architecturale et paysagère de ce bâti est, soit dit en passant, absolument déplorable. o­n y voit notamment beaucoup de commerce et peu d’activités proprement dite… Quelle plus-value réelle ces activités apportent-elle? Valent-elles qu’on leur consacre la zone de Naucosse?
Il faut quitter les illusions : ce sont des choses de ce type que l’on aura et rien d’autre. Les discours faisant état d’un autre type d’activité que celui mentionné ci-dessus, ‘pôle technologique’ ou autres, sont de l’ordre du fantasme, et dépourvus de toute base concrète ou crédible.

A propos de l’impact paysager.

  1. Il suffi de regarder le plan de secteur pour constater que, si le projet de Naucosse voit le jour, la chaussée de Louvain sera construite sur toute sa quasiment toute sa longueur entre Namur et Eghezée. Une telle option relève du non sens en terme d’aménagement du territoire. D’une part en effet, les zones ‘en ruban’ sont plus coûteuses, en terme d’infrastructure, que les zones bâties ramassées sur elles-mêmes. D’autre part leur impact est désastreux en terme de paysage (destructuration visuelle des entrées de villages, fermeture du paysage du point de vue de l’usager de la route). Pour cela seul il s’indique déjà de ne pas réaliser ce projet.
  2. En outre et surtout, la réalisation du projet implique la destruction de l’un des sites les plus remarquables de l’entité, à savoir l’ensemble formé par le château de Frocourt, son parc et la ferme du même nom. Cet ensemble est mis en valeur par les terres cultivées qui en forment l’avant-plan. Y bâtir, surtout des halls et hangars tels qu’on les voit dans les zones d’activité, constituerait un saccage, témoignage sans appel de l’inculture de ceux qui l’ont perpétré. En terme d’image pour la commune, l’effet serait proprement désastreux.

A propos de l’impact du projet sur d’autres volets économiques

  1. A l’heure où la râperie de Longchamp est appelée à reprendre une part importante des tonnages qui étaient traités précédemment à Genappes, l’option implicitement contenue dans le projet de plan, qui consiste à bloquer toute extension future de la râperie, est d’une pertinence douteuse. La râperie est l’outil indispensable de plus de deux mille cultivateurs de la région. La plus-value qu’elle génère est importante et a le mérite d’exister concrètement au contraire de celle, présumée, des activités que l’autorité espère voir s’implanter dans le zoning.
  2. Trente hectares seront repris à un fermier qui perdra ainsi 25% de ses revenus. Outre le problème individuel que cela pose (l’exploitant, qui a des successeurs, pourra-t-il retrouver des terres à distance acceptable de son exploitation?), ces terres sont d’une qualité pratiquement inégalées en Wallonie, région pourtant bien pourvue à ce niveau. La consommation par l’urbanisation des surfaces agricoles dans nos régions pose un problème qui va croissant avec la politique européenne en matière d’agriculture et d’environnement (et qui se manifeste par une reprise de la surface agricole utile sur la dernière décennie). Elle nous prive en outre de toute perspective de déploiement, à terme, des cultures à finalité énergétiques, ce qui constitue une option irresponsable en regard de l’évolution mondiale du marché de l’énergie.

En conclusion, sans nier l’intérêt que la Commune d’Eghezée pourrait trouver dans le développement d’un périmètre ‘loi d’expansion’ pour y accueillir ses entreprises locales, Inter-Environnement est vivement opposée au projet tel que présenté, dont l’emprise au sol est excessive et dont la localisation est sans pertinence.

Alain Geerts

Communication & Mobilité