Plan Energie Climat : La Belgique peut faire mieux

Plan Energie Climat : La Belgique peut faire mieux

Un texte co-écrit avec Christophe HAVEAUX – Renouvelle

La Commission européenne a rendu une évaluation très critique du Plan National Energie Climat (PNEC). Les objectifs belges pour 2030 manquent d’ambition, notamment en matière d’énergies renouvelables et d’efficience énergétique. Bientôt une révision plus ambitieuse ?

La Belgique, comme tous les autres Etats membres de l’Union européenne, a finalisé, début 2020, un Plan National Energie Climat (PNEC).

A travers ces Plans Energie Climat, les Etats membres doivent préciser comment ils comptent contribuer aux objectifs climatiques européens à l’horizon 2030.

Sans surprise, la Commission européenne a rendu, mi-octobre, une évaluation très critique du Plan belge.

Vu les divergences d’intérêt entre les gouvernements fédéral et régionaux lors de l’élaboration de ce Plan, il en ressort un résultat très disparate et peu lisible, qui ressemble plutôt à un empilement de quatre plans – le fédéral et les trois Régions ayant travaillé chacun de son côté -, sans chiffres ni vision communs, estiment les experts européens

L’Europe estime notamment que l’objectif en matière d’énergies renouvelables est trop peu ambitieux. La Belgique vise 17,5% de renouvelables dans la consommation finale d’énergie d’ici 2030, alors que notre pays pourrait atteindre 25%, selon les experts européens.

Il en va de même pour l’efficience énergétique. La Belgique vise à réduire sa consommation d’énergie primaire de 42,7 millions de tonnes « équivalent-pétrole » d’ici 2030. Une ambition “faible”, selon le rapport.

Le PNEC belge s’avère en fait déjà obsolète. Le gouvernement wallon et le nouveau gouvernement fédéral se sont ainsi engagés à revoir ce Plan Energie Climat à la hausse.

Mieux soutenir l’énergie, la construction et la mobilité durables

Les experts européens invitent également la Belgique à se mettre en phase avec le plan de relance économique européen (baptisé NextGenerationEU) en s’appuyant sur les mesures suivantes.

1. des mesures destinées à accélérer les projets d’investissement public matures et à éliminer les obstacles réglementaires pour les investissements dans la production et l’utilisation d’énergie propre.

Cette matière est principalement régionale où une révision des conditions sectorielle dans l’éolien et des clarifications sur l’installation de photovoltaique sur sol sont à l’étude.  Le fédéral est aussi attendu, par exemple pour lever les freins au dévelopement éolien à proximité des radar militaires.

2. des mesures pour

  • accélérer la rénovation des bâtiments, y compris des réformes des taxes sur l’énergie – accompagnées de mesures sociales -,
  • remédier à la pénurie actuelle de travailleurs possédant les compétences requises dans le secteur de la construction, et
  • simplifier la procédure de permis de construire pour améliorer les taux de rénovation.

En Wallonie, la balle est dans le camp des ministres Henry (Energie), Collignon (Logement) et Morréale (formation professionnelle). Ils devront mettre à jour et en œuvreles mesures prévues dans la stratégie de rénovation wallonne.

3. des mesures de soutien à la mobilité durable, y compris pour les chemins de fer, les véhicules électriques et à hydrogène et les points de recharge ; une révision de la tarification des infrastructures pour mieux refléter la congestion et les externalités ; des mesures visant à supprimer progressivement le traitement fiscal favorisant les voitures de société.

Le nouveau Gouvernement fédéral s’est récemment engagé de manière très proactive pour redynamiser le rail et la mobilité dé-carbonnée (lire notre article Gouvernement fédéral : enfin une transition énergétique ?). Il faudra voir comment il met en œuvre ces promesses. Hélas, la sortie du système des voitures salaires, dénoncé de longue date par l’Europe, semble encore une fois avoir été remise aux calendes grecques (même s’il est prévu une électrification du parc de voiture de société…).

Au final, la Belgique va donc devoir revoir son Plan Energie Climat 2030 et les objectifs qu’elle s’est fixée, la Wallonie et le fédéral s’y étant déjà engagé. Mais surtout, elle va devoir accélérer la mise en œuvre de ces belles promesses notamment en suivant ces recommandations européennes qui tombent à point nommé pour donner un petit coup de semonce à nos dirigeants politiques.

Arnaud Collignon

Énergie & Territoire