Plus écolo qu’Ecolo (et vice-versa)

Plus écolo qu’Ecolo (et vice-versa)

La curieuse info que voilà… Dans le cadre de sa désormais traditionnelle étude d’opinion sur les Belges (enfin, les Wallons et les Bruxellois) et l’environnement, « Le Soir »[ Mardi 28 avril 2009]] s’est intéressé à l’empreinte écologique de huit personnalités politiques, quatre par région sondée et un par parti francophone ayant pignon sur rue. Et plus que dans les résultats très politiquement corrects du sondage (oui, oui, nos chers concitoyens sont préoccupés par l’état de la Planète et oui, oui, oui, ils sont prêts à modifier leurs comportements – enfin, pas trop quand même ! -pour la soigner), c’est dans [cette évaluation de nos éminences que l’on trouve matière à réflexion.

Fut-ce pour la forme, on éprouve quelque difficulté à s’étonner de voir les deux MR de service monopoliser le statut de cancre. Il convient toutefois de souligner la performance de Serge Kubla qui obtient à lui seul une empreinte écologique supérieure à celles cumulées des deux premiers de la classe bruxelloise… On peut affirmer sans risquer le procès d’intention que cela n’est pas de nature à troubler la sérénité de l’édile waterlootois et qu’il risque même de trouver là un motif de fierté, ce résultat illustrant la cohérence entre ses valeurs, ses discours et ses comportements.

La surprise surgit à l’étage inférieur – ou supérieur, c’est selon – où, tant en Région bruxelloise qu’en Wallonie, on trouve… le représentant Ecolo. Avec une « empreinte » respective de 3,4 et 3, 9 hectares, Evelyne Huytebroeck et Bernard Wesphael sont distancés par Charles Picqué (2,8) et Benoît Cerexhe (2,5) d’une part, Paul Magnette (3,6) et André Antoine (3,0) d’autre part. Troisième sur quatre d’un classement sensé jauger le comportement environnementalement responsable de nos représentants, il n’y a vraiment pas de quoi fanfaronner lorsque l’on s’affiche sous la casaque écologiste.

Face à cette situation pour le moins paradoxale, de deux choses l’une : ou bien les autres flirtent avec le faux témoignage, ou bien les Verts éprouvent (comme tout un chacun) de sérieuses difficultés à mettre leurs préceptes en pratique.

Connaissant le souci de l’image et l’approche résolument médiactive de Madame leur présidente, on peut subodorer chez les démocrates humanistes une volonté de minimalisation de leur impact environnemental. Il n’en reste pas moins vrai que les deux représentants socialistes affichent eux aussi un résultat meilleur que celui des Ecolo et qu’il serait trop facile de mettre cela sur l’honnêteté des uns et la manipulation des autres. Considérons plutôt qu’entre les principes et les actes, il y a un fossé dont on ne mesure pas toujours la profondeur. Acceptons également le fait que, par-delà l’authenticité de nos discours et de nos engagements, les petits accommodements avec la vertu ne sont pas dénués de conséquences. Le cas d’Evelyne Huytebroeck est de ce point de vue symptomatique.

En dépit de comportements labellisés éco-responsables (préférence donnée aux fruits et légumes locaux et de saison, maison très bien isolée, électricité verte…), la ministre bruxelloise affiche une empreinte écologique moyenne sinon mauvaise. L’explication (assumée) réside dans un goût affirmé pour les voyages nécessitant le recours à l’avion, ce qui se paye cash en terme d’hectares « consommés ». Et le joker de la compensation des émissions de carbone générées par ces déplacements touristico-aériens est un trompe l’½il qui ne doit pas nous abuser. Car s’il est à la mode, ce système n’en est pas moins pervers et condamné à terme. Derrière ses apparences responsables et civiques, il recèle en effet un esprit individualiste et cynique fondé sur la primauté des privilèges : tous mes comportements deviennent acceptables pourvu que je puisse en assumer financièrement le prix, sinon les conséquences… La compensation CO2 des voyages en avion, ce n’est pas mieux (ni pire) qu’une taxation élevée des véhicules polluants, 4X4 et autres. C’est le mythe de l’internalisation des coûts externe qui devient de facto un droit de polluer et/ou de nuire à la collectivité pourvu qu’on y mette le prix. Cela, personne se revendiquant d’un devoir de solidarité ne peut le tolérer. Il ne s’agit plus d’être écolo ou Ecolo mais tout simplement d’appartenir à une espèce dépositaire et responsable d’un patrimoine commun.