Politique énergétique : on en reste aux constats

Politique énergétique : on en reste aux constats

Si le choc pétrolier de 1973-74 fut suivi de quelques mesures spectaculaires – les dimanches sans voitures ont en général laissé un bon souvenir – les réalisations concrètes furent contrastées. Qu’ont fait les pouvoirs publics depuis, sachant que nous sommes à l’aube d’un troisième choc pétrolier?

Dans un ouvrage sur la régionalisation paru en 1980[[COLLARD, R. & JOIRET, Y. (1980). La régionalisation, contraintes et opportunités pour la Wallonie, Institut Emile Vandervelde, Note de documentation 80 NS12.]], l’Institut Emile Vandervelde[[Pour rappel, l’Institut Emile Vandervelde est le centre d’études du Parti Socialiste.]] pointait déjà une série de problèmes relatifs à la question énergétique belge et wallonne. Les auteurs faisaient observer:
« qu’il n’existe aucune politique énergétique mais des préoccupations sectorielles confinées le plus souvent dans une sujétion du pouvoir central aux décisions prises par les multinationales de l’énergie ou de sociétés privées belges »[[L’inexistence d’une politique énergétique a conduit à des situations assez étonnantes: selon les chiffres l’Agence Internationale de l’Energie, la Belgique a importé 21,6% de son électricité en mai 2008. L’incapacité à définir une politique énergétique se traduit dans les multiples valse-hésitations à l’égard de la loi sur la sortie du nucléaire. Ces atermoiements ont freiné les investissements dans la production d’électricité et entraîné cette situation de dépendance.]] ;
« les relations étroites du monde énergétique avec le pouvoir politique entraîne ce dernier à ne concevoir d’autres idées que celles avancées par ces groupes privés dont les objectifs se différencient totalement des intérêts des populations. »

Ils en concluaient qu’ « on installe des équipements et puis on s’efforce de vendre le plus possible même si cela engendre des non-sens évidents et des gaspillages fantastiques ». Lucides (ou visionnaires, la crise énergétique actuelle le montre), ils en déduisaient que « notre[[Le « notre » se rapporte à la Wallonie.]] principale ressource énergétique, ce sont les économies que nous pouvons réaliser! ». Les auteurs détaillaient alors les mesures et actions à entreprendre pour une utilisation plus rationnelle de l’énergie, qui à cette date était encore une compétence totalement nationale[[A l’heure actuelle, les compétences fédérales sont ,entre autres, la fiscalité, la politique économique, les accises sur les carburants, l’aéroport national, les chemins de fer, la production et le transport d’électricité et d’énergie. Les compétences régionales sont entre autres les énergies renouvelables, l’utilisation rationnelle de l’énergie (URE), les ports, les transports publics communaux et régionaux, l’aménagement du territoire, les sites industriels.]]. Il y était déjà question de la « timidité de l’action des pouvoirs publics en Belgique ».

L’étude mentionnait un programme de rénovation-isolation des bâtiments lancé en 1979. Outre l’amélioration de la qualité thermique des bâtiments, l’opération visait à procurer de l’emploi à de nombreux travailleurs. L’étude recommandait aussi de privilégier les transports en commun entre autres par des programmes d’investissements publics considérables[[Les années 1980 sont pourtant les années de vaches maigres – pour ne pas dire squelettiques – des investissements dans les transports en communs.]] . Enfin, l’importance des énergies renouvelables ainsi que leur rôle futur étaient soulignées.

Cette étude a bientôt trente ans et force est de constater que les recommandations des auteurs n’ont été suivies que de timides mesures. Certes, après une nouvelle période de hausse des prix pétroliers jusqu’en 1981, les prix ont baissé dans le milieu des années 1980. Mais alors que les prix pétroliers moyens postérieurs aux chocs pétroliers furent au moins deux fois supérieurs à ceux la précédant[Pour affirmer cela, il faut comparer les prix en dollars (monnaie de référence du pétrole) constants (ce qui équivaut plus ou moins à une unité de pouvoir d’achat). Des graphiques illustrant de telles variations du prix du pétrole se trouvent sur les sites suivants : [http://fr.wikipedia.org/wiki/Troisième_choc_pétrolier et http://www.manicore.com/documentation/petrole.html.]] , aucune véritable politique d’économies d’énergie ne fut mise en place. Les pouvoirs publics se sont contentés d’une gestion à la petite semaine, sans ambition et sans imposer de véritables contraintes[[L’aménagement du territoire fut une des premières compétences transférées aux Régions. Toutefois, si les auteurs de l’étude suggérèrent de réaliser des économies d’énergie, ces propositions ne furent alors pas comprises par les décideurs politiques de l’époque qui maintinrent les orientations des années 1960-70 en matière d’aménagement du territoire. Des orientations consommatrices d’énergie car facilitant la construction de maisons 4 façades éloignées des lieux de travail et des services.]] , que ce soit aux producteurs ou aux consommateurs d’énergie. Outre les dégâts sociaux d’une consommation d’énergie mal maîtrisée, cette politique (ou plutôt cette absence de politique) a conduit la Belgique à un taux d’émission de CO2 par habitant élevé,[[9 tonnes/habitant en 2003 (Source: Banque mondiale). Tandis qu’un néerlandais en produit 8,6 et un français 6,2.]] . Enfin, en la matière, le pire a peut-être été évité : l’étude proposait de remplacer le pétrole par le charbon…

Reste qu’aujourd’hui les enjeux énergétiques sont omniprésents[Clin d’oeil au point 3 des propositions de l’Institut Emile Vandervelde sur l’augmentation des prix de l’énergie : [http://www.iev.be/uploads/final.web/102007-01.pdf. Si des mesures fortes avaient été prises en 1980, la situation serait certainement différente.]] . Il est temps de tirer les leçons des tergiversations du passé et d’envisager une politique ambitieuse et globale. Un vaste programme d’amélioration énergétique du parc résidentiel – entre autres – doit être mis sur pied. En plus d’offrir de l’emploi, il permettra de diminuer la facture énergétique et de développer de nouvelles technologies. De dynamiser la Wallonie en quelque sorte. Un objectif vieux de plus de trente ans.