Prince de Glisse

Prince de Glisse

Un méga-centre sportif à Antoing ? C’est en tous cas le rêve du Prince de Ligne (château d’Antoing), propriétaire d’environ 300ha de bois à Maubray, le long de la frontière française, en bordure de la forêt protégée de Flines, côté français, et du vaste plan d’eau dit « Le Grand Large », côté belge.

Ce projet a (jusqu’à présent) l’aval de la Région wallonne qui poursuit actuellement une révision de plan de secteur destinée à adapter ce dernier aux nécessités du projet. De vastes zones forestières et d’extraction – une sablière travaille sur le site – seraient ainsi converties en zones de parc ou de loisirs afin de recevoir un ensemble d’installations dont l’énumération donne le vertige : snow-park, anneau de ski de fond, anneau de glace, skate-park, anneau de roller, free-fall-wind-tunnel (simulateur de chute libre), parc aquatique, parcours kayak-rafting, wake-park outdoor, club de glisse pour enfants, pratice de golf, centre équestre, terrains de sport (courts de tennis), aire de jeux, halte pour bateaux, activités de pêche (et un raton laveur). Ce n’est pas tout. S’y ajoutent des activités de découverte de la nature et de la région : circuits de promenade, circuits équestres, vélos, VTT, découverte nature, maison du tourisme, salles de séminaire, auditorium, espace de rencontres, musée du sport, activités de remise en forme, centre de bien-être (SPA) (et deux ratons laveurs). Ce n’est pas encore tout ! S’y ajoute encore, de l’hébergement : cottage du golf , cottage des cavaliers, cottage du Grand-Large, lake-houses, chalet des pêcheurs, cabanes en forêt, fun-village, cabanes sur pilotis, cottage du potager, hôtel-restaurant de charme (et trois ratons laveurs). Ce n’est toujours pas tout : il y a aussi un centre commercial, annexe à tout cela, 23 000 m² dont on nous dit qu’ils seront dévolus pour l’essentiel aux sports , peu représentés il est vrai dans l’offre commerciale du Hainaut occidental.

Nous n’inventons rien, l’énumération ci-dessus est simplement recopiée du dossier d’étude d’incidences de plan, première phase, qui nous est parvenu récemment.
L’étude en question ne se borne évidemment pas à décrire le projet. En première partie, elle est chargée notamment d’examiner dans quelle mesure le projet répond aux programmes généraux de la région wallonne (déclaration de politique régionale, schéma de développement de l’espace régional…). Elle est plus que prudente à ce niveau. Un tel projet rencontrera-t-il de nobles intentions telles que prévoir un tourisme de qualité, équilibré, intégré, accessible à tous et durable ? A évaluer, dit l’étude… On se permettra tout de même de douter de la durabilité d’installations servant à créer de fausses vagues, de la fausse neige, de la fausse glace par tonnes ; améliorer l’accessibilité du territoire wallon et gérer la mobilité ? A évaluer, dit l’étude… Que reste-t-il réellement à évaluer pourtant, quand on sait que le projet suppose la fréquentation annuelle de plusieurs centaines de milliers de personnes, dont on imagine mal qu’elles s’y rendent en train, via la gare de Tournai ou d’Antoing, puis en bus, même si des dessertes devaient être mises en place… Et le reste est à l’avenant. Exit donc l’adéquation du projet aux belles intentions des programmes wallons.

Mieux que cela, l’étude analyse la viabilité du projet et donc les chiffres de fréquentation potentiels. Il ressort de ce volet de l’étude que 68% des visiteurs viendraient en fait pour… le centre commercial. Exit donc la nature du projet : ce n’est pas un centre de sports et de loisirs, c’est une galerie commerçante à laquelle sont annexés des équipements sportifs…
Enfin, l’avant-projet de plan de secteur comporte des propositions de compensations, obligatoires dès qu’une révision de plan de secteur a pour effet d’inscrire de nouvelles zones urbanisables. Là aussi il y a de quoi tiquer. Certaines compensations tiennent davantage de la condition d’exploitation (mettre en place une ligne TEC – il n’est pas dit jusqu’à quelle gare) ou des charges d’urbanisme (construire une route pour la desserte du charroi de la sablière). La seule compensation planologique consiste à placer en zone de parc et d’espaces verts.. . la sablière, pour l’extension de laquelle la Région a modifié le plan de secteur en 2002, et qui a reçu permis pour son extension pour vingt ans en 2003. Bel exemple de continuité de la gestion administrative ! Comment la sablière pourra-t-elle envisager la moindre modification de son permis, sachant qu’elle n’entre pas dans les conditions d’une quelconque dérogation au plan de secteur ?

Bref, voilà un dossier qui laisse rêveur… Le risque est grand que seule la partie commerciale du projet se réalise in fine, assortie peut-être d’un ou deux terrains de sport ou de jeux. Pour quel bénéfice commun aura-t-on modifié le plan de secteur ? Car celui-ci ne peut être révisé que pour des motifs d’intérêt général, intérêt collectif dont l’autorité régionale a en principe la charge. A cet égard, on reste pantois devant l’enthousiasme sans faille avec lequel le Gouvernement a, jusqu’à présent, poursuivi cette affaire, comme si le simple bon sens ne l’avait pas alerté quant à la fiabilité d’un porteur de projet capable de présenter pareille salade. C’est le Gouvernement wallon, on s’en souviendra, qui finance les études d’incidences de plan de secteur. Quel montant dépensé à ce jour ? Quelle énergie passée en intercabinets et réunions en tous genres ? A l’heure des défis énergétiques, n’avait-on vraiment pas mieux à promouvoir ?

Inter-Environnement Wallonie

La voix du mouvement environnemental