Rapport annuel de FOST Plus : quand la vertu devient l’alibi du vice…

Inter-Environnement Wallonie regrette le message simpliste envoyé sur base d’une analyse biaisée.

En présentant son rapport d’activité pour l’exercice 2006, FOST Plus se félicite (une fois de plus) de résultats d’une filière tri/recyclage grâce à laquelle « neuf emballages sur dix sont recyclés ».Pour Inter-Environnement Wallonie, fédération des associations environnementales, cette affirmation – abondamment utilisée par le secteur de la distribution pour contester les écotaxes – repose sur une analyse ignorant une partie importante des emballages en circulation. Elle tend par ailleurs à occulter la dimension «prévention» qui doit pourtant être au c½ur d’une politique de gestion de déchets. IEW estime que le tri et le recyclage ne peuvent être des alibis légitimant des comportements de consommation irresponsables.

«Les Belges sont des champions du tri; la filière mise en place par FOST Plus permet de recycler 90% des emballages mis sur le marché par ses membres adhérents»: ces deux messages scandés année après année dans les rapports d’activité de FOST Plus étaient une fois encore au c½ur des discours tenus ce lundi pour présenter le bilan de l’exercice 2006. Mais puisque le thème de ces discours était «Une vérite qui dérange», Inter-Environnement Wallonie souhaite apporter quelques bémols à ces hourras et (r)établir quelques faits.

1. Le chiffre de 90% (très précisément 91,2% pour 2006) est une moyenne calculée sur l’ensemble des déchets déclarés être mis sur le marché belge par les membres adhérents de FOST Plus. Le taux varie en fait fortement selon les types d’emballages concernés. Si les résultats sont tout à fait satisfaisants pour les papiers et cartons recyclés à 133%(1), pour le verre (107%) et pour les métaux (98%)(2) , il en est tout autrement pour les cartons à boissons (68%) ainsi que pour les flacons et bouteilles plastiques qui ne sont recyclés qu’à hauteur de 70%. Autrement dit, près d’1/3 de ces déchets pourtant collectés sélectivement finissent en incinérateur ou en décharge. Lorsque les représentants de la distribution se basent sur ces « 90% d’emballages recyclés » pour justifier leur refus des écotaxes visant, par exemple, les emballages en plastique, ils appuyent donc leur argumentation sur des chiffres à tout le moins détournés…

2. Nombre des emballages concernés pourraient facilement être évités et il faut le répéter sans cesse : le meilleur déchet n’est pas un déchet recyclé mais … un déchet qui n’existe pas!Force est malheureusement de constater qu’il y a de plus en plus d’emballages sur marché belge :500kg à traiter par an et par habitant, dont 140kg d’emballages ! Autre chiffre édifiant : entre 2000 et 2004, la quantité d’emballages réutilisables – les consignés – a diminué de 9,8% tandis que les emballages jetables, et principalement les plastiques, étaient en progression constante. Des producteurs traditionnellement fidèles aux consignés, notamment les brasseurs, sont ainsi en train de glisser vers d’autres types de conditionnement (cannettes alu ou bouteilles plastiques)…

3. Il existe à côté du volume traité un autre volume plus que conséquent non recyclé car non pris en charge par la filière FOST Plus. Ainsi, au niveau deses plastiques, bouteilles et flacons sont collectés mais pas les barquettes, pots de yaourt et films divers qui représentent plus de 60% du poids des emballages plastiques ménagers mis sur le marché…

Pour Inter-Environnement Wallonie, si la filière «tri/recyclage» a sa place dans une politique globale des déchets, il importe de lui redonner un rôle d’appoint et non de la maintenir dans la position centrale que des choix stratégiques passés lui ont attribuée. «Triez, nous faisons le reste» n’est pas le bon message à faire passer dans l’opinion publique car il évacue totalement la prévention de la part des producteurs et la responsabilisation du consommateur vis-à-vis de ses comportements d’achat.

Ce constat est d’autant plus vrai que nombre des emballages, pourtant ornés du logo vert attestant de l’adhésion à FOST Plus, ne sont pas pris en charge par la filière et finissent ainsi avec les déchets traditionnels en décharge ou en incinérateur.

Nous reviendrons en détail sur ces différents éléments lors d’une conférence de presse que nous organiserons, en partenariat avec le Réseau Eco-Consommation, le vendredi 8 juin. Une invitation vous parviendra prochainement.

Contacts :

Pierre Titeux, Attaché de presse : 081.255.284 – 0479.497.656 – p.titeux@iewonline.be

Véronique Paternostre, Chargée de mission Santé/Déchets : 081.255.256 – 0477.495.434

(1) Le pourcentage de recyclage est plus élevé que 100%. Ceci est dû au fait que les responsables d’emballages n’adhèrent pas tous à FOST Plus. Pour les papiers & cartons, les ménages remettent une très grandes quantité de « non-emballages » (journaux, magazines et autres) qui représentent de l’ordre de 70% de la collecte.

(2) Dans certains cas, FOST Plus rachète aux incinérateurs leurs déchets métalliques à la sortie des fours ou des centres de mûrissement des réfioms (cendres récupérées dans les cheminées), ces quantités de métaux sont alors additionnées pour conforter les résulats de FOST Plus bien que leur origine puisse être autre et très différente que des emballages (métaux d’encombrants, par exemple).

Analyse du rapport annuel de Fost plus à télécharger

Alain Geerts

Communication & Mobilité