Biodiversité mondiale : pression max pour 2030 !

Biodiversité mondiale : pression max pour 2030 !

Le secrétariat de la Convention sur la Diversité Biologique recevait, il y a quelques mois, les bilans nationaux de tous les pays partenaires et a dû conclure qu’en dix ans, aucun des  objectifs d’Aïchi pour la biodiversité n’a été réalisé.

La Convention sur la Diversité Biologique (CDB) est un traité international adopté au Sommet de la Terre à Rio en 1992 et dont l’un des trois objectifs est la conservation de la biodiversité. La Convention se réunit tous les 2 ans (COP), avec pour objectif d’examiner les progrès accomplis, d’établir les priorités et de décider des plans de travail.

En 2010, la COP 10 pour la biodiversité se tenait au Japon, dans la ville de Nagoya, capitale de la préfecture d’Aïchi. A cette occasion a été adopté le plan stratégique 2011-2020 pour la diversité biologique incluant les 20 objectifs d’Aïchi. Ces objectifs étaient ambitieux et volontaires pour la biodiversité mondiale. Tous les pays signataires s’engageaient à décliner ces objectifs dans des stratégies nationales et à les mettre en œuvre.

Antonio Gutteres, Secrétaire Général des Nations Unies, introduit le rapport de la CDB sur l’engagement des parties de cette façon : « Au cours de la Décennie des Nations unies pour la biodiversité 2011-2020, les pays se sont employés à combattre les nombreuses causes de la perte de biodiversité. Ces efforts n’ont toutefois pas été suffisants pour atteindre la plupart des objectifs d’Aichi pour la biodiversité fixés en 2010. Il faut une ambition beaucoup plus grande. »

Les stratégies nationales manqueraient-elles d’ambition ?

C’est en tous les cas une des conclusions que nous pouvons tirer de la lecture de ce rapport magistral. Chaque objectif y est présenté dans une structure identique : rappel de l’objectif, mesures générales mises en œuvre par les parties, difficultés rencontrées par les Parties, pourcentage des Parties qui ont des mesures en lien avec les objectifs d’Aïchi et pourcentage des Parties qui ont des mesures dont la portée équivaut ou dépasse les objectifs d’Aïchi.

Dans le tableau ci-dessous, édité par la CDB auquel j’ai ajouté les deux colonnes reprenant les pourcentages des parties ayant des objectifs en lien et ayant des objectifs avec une ambition équivalente (information disponible dans les fiches de chaque objectif du rapport), il apparaît évident que le niveau d’ambition fait défaut. Pour seulement deux objectifs (le 1 et le 17) un peu plus de 30% des Parties ont, dans leur stratégies nationales, des objectifs équivalents ou dépassant l’objectif d’Aïchi. Pourtant toutes les Parties, en signant ce plan stratégique s’engageaient à le décliner selon leurs réalités territoriales.

Si l’on prend par exemple l’objectif relatif aux aires protégées (objectif 11), la première partie de l’objectif concernant l’extension des aires protégées sera en passe d’être réalisé cette fin d’année si tous les engagements sont tenus, ce qui représentera 10% des océans mondiaux et 17% des terres et des eaux intérieures qui seraient couverts par un statut d’aires protégées. Mais les autres parties de cet objectif relatifs à la protection de zones particulièrement importantes, gérées efficacement et équitablement, représentatives sur le plan écologique et bien reliées et intégrées sont insuffisamment rencontrées.

 « Selon les estimations, environ 27 % seulement des amphibiens, des oiseaux et des mammifères terrestres voient leur répartition globale représentée de manière adéquate par des aires protégées. Par ailleurs, compte tenu de la nécessité pour les espèces de s’adapter aux changements climatiques et à d’autres changements environnementaux, les aires protégées actuelles ne couvrent les niches climatiques que pour environ 10 % de ces taxons. »

«La plupart des objectifs nationaux (85 %) sont inférieurs à la portée et au niveau d’ambition définis dans l’Objectif 11. Les objectifs nationaux se concentrent pour l’essentiel sur l’extension de la taille de l’ensemble des aires terrestres protégées, une attention moindre étant accordée à la création d’aires marines protégées. Les objectifs nationaux sont moins nombreux à traiter de compo­santes telles que la représentativité, l’efficacité de la gestion, la protection des zones importantes et la connectivité. »1

Même chose pour l’objectif 1 qui concerne la sensibilisation de la population à la biodiversité et aux moyens d’actions pour la conserver et la protéger : « la plupart des objectifs semblent axés sur la sensibilisation à la biodiversité ; moins d’objectifs nationaux visent à rendre les individus conscients des mesures qu’ils peuvent prendre pour conserver la biodiversité2. »

« L’un des résultats clairs de cette analyse est que les indicateurs pour les objectifs du But B du Plan stratégique (Réduire les pressions directes) montrent principalement des tendances négatives, et qu’aucun des objectifs associés (Objectifs d’Aichi 5 à 10) n’ont été réalisés, à l’exception de l’Objectif 9 […]. Ceci suggère que malgré toutes les mesures prises jusqu’à présent pour soutenir la conser­vation, l’utilisation durable et le partage des avantages découlant de la diversité biologique, on peut s’attendre à un déclin continu de la biodiversité dû aux pressions exercées actuellement sur les écosystèmes du monde ».3

Sortir du statu quo et s’engager rapidement et de façon conséquente dans des transitions de fond

La CDB est claire, nous devons sortir du statu quo actuel qui maintient les diverses pressions sur la biodiversité et met en péril la survie des sociétés humaines. Il faut amplifier les mesures pour protéger et restaurer la biodiversité, notamment en augmentant la surface d’aires protégées et en les reliant efficacement entre elles, en maintenant le réchauffement climatique sous 1,5°C pour qu’ils n’anéantissent pas tous les efforts que nous pourrions faire pour la nature, modifier nos régimes alimentaires, limiter le gaspillage alimentaire, limiter la conversion des terres, …

Le rapport de la CDB nous propose de mettre en œuvre 8 transitions de façon simultanées et  ambitieuses et dès maintenant (à lire dès la page 139 du rapport de la CDB) :

  • Transition relative aux terres et aux forêts : conserver les écosystèmes intacts, restaurer les écosystèmes, lutter contre la dégradation et l’inverser, et utiliser la planification spatiale au niveau des paysages pour éviter, réduire et atténuer le changement d’affectation des terres.
  • Transition à une utilisation durable de l’eau douce : adopter une approche intégrée garantissant le débit des cours d’eau indispensable pour la nature et les populations, améliorer la qualité de l’eau, protéger les habitats critiques, contrôler les espèces exotiques envahissantes, et protéger la connectivité des écosystèmes afin de permettre la récupération des écosystèmes d’eau douce des montagnes aux côtes.
  • Transition vers une pêche et des océans durables : protéger et restaurer les écosystèmes marins et côtiers afin de garantir la durabilité et d’accroître la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance.
  • Transition vers une agriculture durable : redéfinir les systèmes agricoles grâce des approches agroécologiques et autres approches innovantes afin d’améliorer la productivité tout en minimisant les impacts négatifs sur la biodiversité.
  • Transition à des systèmes alimentaires durables : favoriser une alimentation durable et saine en mettant davantage l’accent sur la diversité des aliments, principalement à base de plantes, et une consommation plus modérée de viande et de poisson, ainsi qu’une réduction drastique du gaspillage lié à l’approvisionnement et à la consommation alimentaires.
  • Transition vers des villes et des infrastructures durables : mettre en place des « infrastructures vertes » et aménager des espaces naturels dans les environnements bâtis en vue d’améliorer la santé et la qualité de vie des citoyens et de réduire l’empreinte écologique des villes et des infrastructures.
  • Transition à l’action climatique durable : utiliser des solutions basées sur la nature, parallèlement à l’élimination rapide de l’utilisation des combustibles fossiles, en vue de réduire l’ampleur et les impacts des changements climatiques, tout en procurant des avantages bénéfiques pour la biodiversité et pour la réalisation d’autres objectifs de développement durable.
  • Transition à l’action « un monde, une santé » intégrant la biodiversité : gérer les écosystèmes, y compris les écosystèmes agricoles et urbains, ainsi que l’utilisation de la faune et de la flore, dans le cadre d’une approche intégrée, afin de promouvoir des écosystèmes sains et des populations en bonne santé.

En fonction de l’évolution de la pandémie de COVID-19, la prochaine COP pour la biodiversité devrait se dérouler en octobre 2021 à Kunming en Chine. Soit avec plus d’une année de retard. Cela nous donne moins de 10 ans (échéance à 2030) pour stopper massivement l’érosion de la biodiversité. Si nous ne le faisons pas, il est temps de se rendre compte que ce sont les sociétés humaines que nous mettons en péril.

Voici le tableau d’évaluation des objectifs d’Aïchi et de l’adéquation des stratégies nationales avec ces derniers4.


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  1. Pages 82 et suivantes du rapport en annexe
  2. Pages 37 et suivantes du rapport en annexe
  3. Page 132 du rapport en annexe
  4. Pages 12 et suivantes du rapport de la CDN

Véronique Hollander

Fédération, Education permanente