Réduction des émissions de CO2 : l’industrie automobile fait du surplace

Namur, 5 septembre 2007 – Communiqué de presse

Réduction des émissions de CO2 – L’industrie automobile fait du surplace


Les constructeurs automobiles européens ne respectent pas les objectifs de réduction des émissions de CO2 auxquels ils se sont engagés vis-à-vis de la Commission européenne[1] : c’est ce qui ressort d’une étude réalisée par Transport and Environment – T&E, fédération européenne active en matière de transport durable[2] – portant sur les émissions moyennes des voitures neuves vendues en 2006.

Pour Inter-Environnement Wallonie et Greenpeace, les données publiées ce jour démontrent, s’il en était encore besoin, que les accords volontaires sont inefficaces et que des normes contraignantes sont indispensables pour obtenir des résultats tangibles dans un secteur détenteur d’une grande partie de la solution aux changements climatiques.

Selon les données publiées aujourd’hui par T&E, les émissions moyennes des voitures neuves vendues en 2006 par les constructeurs européens (ACEA) sur le territoire de l’Union furent de 160 gCO2/km, soit une réduction de moins d’un demi gramme – ou 0,2% – par rapport à l’année précédente. L’ACEA, qui a « pesé » 81% des ventes en Europe lors de cet exercice, s’était engagée à atteindre 140 gCO2/km en 2008. Il apparaît aujourd’hui quasiment certain qu’elle ne respectera pas cet engagement.

Les constructeurs japonais (JAMA) et coréens (KAMA) affichent des progrès un peu plus conséquents (-5 et -3 grammes ) mais les émissions moyennes de leurs véhicules – respectivement 161 gCO2/km et 164 gCO2/km – restent supérieures à celles des européens.

Pour Pierre Courbe, chargé de mission « Mobilité » chez IEW, « les résultats parlent d’eux-mêmes… Depuis leur engagement volontaire, les constructeurs automobiles n’ont cessé de développer des véhicules plus grands, plus lourds et consommant plus de carburant. On peut aujourd’hui affirmer que cet engagement volontaire ne valait pas le papier sur lequel il était écrit ! Il apparaît donc plus que jamais évident qu’il faut mettre en place une législation contraignante et des objectifs à long terme. »

Les chiffres montrent que le poids moyen des véhicules a augmenté de 18 kg en 2006, prolongeant une tendance à la hausse inscrite dans le long terme. Ceci alors même que la réduction de poids est l’une principales techniques pour améliorer l’efficacité énergétique et donc réduire les émissions de CO2 (qui sont proportionnelles à la consommation)…

Ce n’est pas pour rien que l’ACEA mène actuellement un lobby très actif auprès des instances européennes afin obtenir des normes CO2 plus élevés pour les véhicules lourds, tels les 4X4 (ou SUV pour Sport Utility Vehicle). Pourtant, par-delà la nuisance environnementale, un rapport publié le mois dernier par T&E suite à une série d’études démontre que des voitures plus lourdes sont également plus dangereuses[3].

Depuis que la Commission européenne a dévoilé son intention de mettre en place des objectifs de réduction contraignants[4], les constructeurs automobiles ont annoncé un nombre impressionnant d’initiatives de « marketing vert » : Efficient Dynamics (BMW), ECOnetic (Ford), eciFLEW (Opel/Wauxll), eco2 (Renault), BlueMotion (VW), etc. Ce qui fait dire à Joeri Thijs, chargé de la campagne Climat-Transport pour Greenpeace: « Durant ces derniers mois, les constructeurs automobiles européens ont inventé suffisamment de labels verts pour remplir un dictionnaire. C’est maintenant le rôle de l’Europe de faire en sorte que ce fourmillement se traduise en réductions d’émissions effectives. Ceci en mettant en place un premier objectif contraignant de 120 gCO2/km à l’horizon 2012 et d’autres objectifs intermédiaires pour arriver, in fine, à 80 g/km en 2020. »

De fait, les constructeurs ont gardé dans leurs tiroirs des développement technologiques permettant d’améliorer l’efficacité énergétique des véhicules et ils commencent à les sortir maintenant que le « risque » d’une régulation contraignante se précise. Ainsi Thomas Weber, directeur Recherche & Développement chez DaimlerChrisler, déclara en juillet à « Automotive News Europe » que Mercedes aurait pu équiper la seconde version de sa classe A d’une technologie stop-start (réduisant les consommations) dès sa mise sur le marché, il y a trois ans. « Nous l’avions prête dans un tiroir, mais il n’y avait pas de demande pour cela – nous l’avons donc gardé de côté » a-t-il déclaré. « Maintenant, les conditions ont changé. »[5]

Le Comité Environnement du Parlement européen va voter la semaine prochaine à Strasbourg un « avis » sur les réglementations CO2 des voitures neuves, en préliminaire à une proposition législative que la Commission européenne publiera en décembre de cette année. Inter-Environnement Wallonie et Greenpeace demandent aux autorités belges compétentes d’user de toute leur influence pour que les mesures proposées soient à la hauteur des enjeux…

Contacts :

Pierre Titeux, Attaché de presse : 081.255.284 – 0479.497.656 – p.titeux@iewonline.be

Pierre Courbe, Chargé de mission « Mobilité » Inter-Environnement Wallonie : 0477.495.434

Joeri Thijs, Campaigner « Climat-Transport » Greenpeace : 02.274.02.11 – 0496.263.192

Le rapport de T&E sur les émissions de CO2 des voitures neuves pour l’année 2006

peut être téléchargé sur le site :

www.transportenvironment.org/docs/Publications/2007/2007-09_progress_voluntary_commitment_2006.pdf

[1] En 1998, l’Association des Constructeurs Automobiles Européens (ACEA) s’est engagée vis-à-vis de l’Union européenne, sur base volontaire, à réduire les émissions de CO2 des voitures neuves à 140 g/km à l’horizon 2008, partant de 186 g/km en 1995. Un an plus tard, les constructeurs japonais ((JAMA) et coréens (KAMA) ont pris le même engagement pour l’échéance 2009.

[2] T&E est la principale organisation environnementale travaillant spécifiquement sur les transports au niveau européen. En collaboration avec ses 49 organisations membres issues de 21 pays, T&E promeut une approche des transports et de la mobilité respectueuse de l’environnement. www.transportenvironment.org

[3] Pour plus d’informations sur les normes basées sur le poids, voir le communiqué de presse de T&E du 29/08/07 : http://www.transportenvironment.org/Article457.html

[4] La Commission européenne a annoncé une première fois, dans un rapport publié en août 2006, que l’industrie automobile pourrait être soumise à des mesures contraignantes si elle échouait à améliorer ses performances en termes de réduction des émissions de CO 2 ( http://www.transportenvironment.org/Article212.html ). Ceci a été confirmé dans une communication sur les voitures et le CO 2 publiée en février 2007. Une proposition de législation n’est pas attendue avant fin 2007n ou début 2008.

[5] « Mercedes vows to out-green rivals », article publié dans Automotive News Europe, 23 juillet 2007.

Alain Geerts

Communication & Mobilité