Réveiller le rêveur, changer le rêve

Réveiller le rêveur, changer le rêve

Ce samedi-là, j’avais décidé, non sans une légère appréhension je vous le concède de participer au symposium « Réveiller le rêveur. Changer le rêve » organisé pour la deuxième fois par l’asbl Tétra. Dans l’invitation, on y parlait d’épanouissement spirituel, de la voie de l’aigle et du condor. Etait-ce bien sérieux tout cela ?

Arrivée sur place me voilà rassurée, pas de gourous aux grandes robes, pas d’odeurs suspectes. Juste des gens comme vous et moi et une musique « life » bien agréable jouée par un homme[[J’apprendrai plus tard qu’il s’appelle Théo et qu’il vient d’une tribu indigène de l’Amazonie menacé par des engins destructeurs. Il est musicien et a la volonté de faire connaître les instruments précolombiens.]] a priori originaire d’Amérique latine.
L’objectif du symposium est de « faire émerger sur cette planète une présence humaine qui soit écologiquement viable, spirituellement épanouissante et socialement équitable comme principe directeur de notre époque. »

Nous apprenons rapidement que le séminaire réalisé par la Pachamama Alliance est né d’une rencontre improbable entre un groupe de Californiens et des Achuars, peuple d’Amazonie menacé par les tronçonneuses et autres prospections pétrolières. Ces peuples indigènes d’Amérique du Sud ont préservé un lien étroit avec la nature. Le message des Indiens d’Amérique du Sud est clair : l’acte le plus fort qui puisse être posé pour sauver la planète et les êtres qui l’habitent est de « changer le rêve des populations du Nord ». Il s’agit pour nous d’envisager une nouvelle manière de voir, une vision où se rapprochent la sagesse qui honore la terre et le génie scientifique et technologique du monde moderne dans lequel nous vivons. Nos orateurs nous expliquent que « Une prophétie amérindienne vieille de plusieurs milliers d’années met en scène l’Aigle et le Condor qui, chacun, représentent une manière d’être de nos sociétés humaines. L’Aigle symbolise notre société matérialiste axée sur le développement scientifique et technologique tandis que le Condor symbolise la société spirituelle qui se sent plus intégrée dans son environnement naturel. Selon cette légende, le monde est régi par des cycles de 500 ans dominés en alternance par l’Aigle et le Condor. Le dernier cycle a commencé à la fin du 15ème siècle, c’est-à-dire à l’époque qui coïncide avec l’arrivée de Christophe Colomb sur le sol américain. Il a été prédit que pendant ce cycle l’Aigle dominerait mais qu’avant la fin, des transformations – surviendraient et l’Aigle et le Condor voleraient ensemble dans le même ciel. »

Où en sommes-nous?

Pour répondre à cette question, des informations chiffrées, des courts-métrages, des témoignages vidéo de penseurs mondiaux vont se succéder. Trois problèmes auxquels l’humanité est confrontée aujourd’hui sont épinglés: dommages écologiques, inéquités sociales et crise spirituelle. Cette dernière devant être comprise comme étant une perte de sens et de valeurs se traduisant par des déséquilibres psychologiques importants. Malgré une musique, des images, des interventions parfois trop « à l’américaine », le contenu du symposium est rigoureux et déconcertant. Le malaise des participants dans la salle est clairement perceptible.
La bonne nouvelle du jour nous dira un des orateurs est que rien de tout cela n’est le résultat de quelque chose dont nous sommes victimes. C’est le résultat d’un choix humain. A nous donc de choisir de changer le cours des choses.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Pour les peuples Achuars, les pays du Nord sont envoûtés[[La philosophe belge, Isabelle stengers ne dit pas autre chose quand elle parle de sorcellerie capitaliste. Voir son livre co-écrit avec Philippe Pignarre : « La sorcellerie capitaliste. Pratique de désenvoûtement. » La découverte, 2007]]. Nous avons perdu la capacité d’entrer en union sacrée avec la terre. De la respecter tout simplement. « Comment être en paix sur la terre si nous ne sommes pas en paix avec la terre? » dira Julia Butterfly Hill, une militante interviewée dans un des courts-métrages, perchée plusieurs mois au sommet d’un arbre au coeur de la forêt amazonienne. Les choix posés par notre société du Nord sont le résultat d’une série de croyances non vérifiées. Il nous faut prendre conscience de l’envoûtement collectif dans lequel nous baignons. Un de nos orateurs citera cette phrase interpellante: « Ce n’est pas ce que vous ne savez pas qui vous cause des ennuis, c’est ce que vous savez avec certitude et qui n’est justement pas vrai ».
Par groupe, nous sommes invités à réfléchir sur ces croyances non fondées. «Une économie en bonne santé est une économie de croissance; si quelque chose est bon en petite quantité alors il est bon en grande quantité ; à quoi bon agir, nous n’avons aucune prise ; le progrès technologique est inéluctable et indispensable; le travail est une valeur nécessaire; la technologie résoudra nos problèmes; je recycle, donc je peux me permettre. » Ceci n’est qu’un échantillon des croyances non vérifiées citées par des participants plus qu’inspirés…

Ces croyances non fondées puisent leur racine dans une idée fondamentale propre à notre culture: le mythe de la séparation sur lequel est basé la méthode analytique scientifique promue à l’origine par Descartes. Cette idée est remise en cause et dépassée pour faire place à l’interconnexion. Les peuples premiers ont toujours su que nous faisions partie d’un tout. Nous en prenons conscience petit à petit. La théorie du big-bang ne dit pas autre chose: l’univers dont nous faisons partie est issu à l’origine d’un point infiniment petit et dense qui a un jour explosé. Edgar Morin, philosophe et sociologue français a contribué à l’émergence de l’idée d’interconnexion avec ses travaux sur la pensée complexe.

Quelles sont les possibilités qui s’offrent à nous ?

« Il n’est rien de plus puissant qu’une idée dont l’heure est venue » aurait dit Victor Hugo. Place à nouveau à la créativité de la salle pour identifier des signes, des actions qui nous montrent qu’un changement profond est en train de prendre cours. « Les mouvements altermondialistes; Al Gore et sa vérité qui dérange; un mouvement qui oeuvre pour un département de la paix à la Maison Blanche; les moyens de télécommunications libres tels wikipédia, logiciels libres; la charte de la Terre; les financement micro-crédits, … ». Certains parlent de la « grande émergence », du « grand tournant », « le système immunitaire de la planète s’est mis en marche ».

Et maintenant, où allons-nous ?

A nous de cultiver, de participer à cette grande émergence. Chacun est invité par groupe thématique a dire comment il va s’engager pour faire émerger cet autre monde possible. Les engagements sont encore timides. Qu’à cela ne tienne: nous repartons avec une liste d’idées, de choses concrètes et possibles à faire.

 Sur le thème de la « relation avec soi »: définir une pratique spirituelle quotidienne: la méditation, le yoga, …; rechercher des points d’interconnexion autour de nous; avoir de la compassion et pardonner aux autres…même si eux ne le font pas, etc.

 Sur le thème « relation avec la culture, le rêve »: réfléchir à ce que représente « assez » pour moi; utiliser co-voiturage, vélo, transports en commun, marcher; etc. …

 Sur le thème « relation avec les autres »: initier des conversations avec des amis, la famille sur le sujet d’une présence humaine juste viable socialement équitable, m’engager dans une association de la société civile, etc.

 Sur le thème « relation à la Terre »: chaque jour, passer quelques moments en conscience dans la nature; planter un arbre, cultiver un jardin, s’occuper d’une plante; prêter attention et suivre les cycles naturels de la lune, du soleil, des étoiles, des plantes et des animaux, etc.
Finalement, un programme de bon sens peu différent de celui proposé par les adeptes de la simplicité volontaire…

En savoir plus avec notamment le calendrier pour d’autres séminaires « réveiller le rêveur. Changer le rêve » en Wallonie et à Bruxelles.

Anne Thibaut

Alimentation durable & Société