Se passer de voiture, jamais? Pourtant, c’est possible !

Se passer de voiture, jamais?  Pourtant, c’est possible !

Se passer de voiture? L’acte peut sembler radical. Pourtant, tous les jours, 17% des Wallons et 35% des Bruxellois[[SPF Mobilité, BELDAM, 2012]] arrangent leur quotidien autour d’une autre mobilité. Parfois par choix, parfois par contrainte. Certains, contraints de s’en passer, se découvrent un tout autre rapport à la ville, au temps et même à la vie… et décident finalement d’embrasser la multimodalité avec enthousiasme!

C’est le cas de Nathalie, maman de deux adolescents, qui, au détour d’un changement professionnel, décide d’abandonner son automobile. A l’aube de la Semaine de la Mobilité, cela valait bien une rencontre…

Un choix dans un non-choix… pour une ancienne automobiliste quotidienne

Lorsqu’elle décide de changer de travail, Nathalie se retrouve devant une nouvelle situation budgétaire à gérer : il lui faut absolument restreindre ses frais au risque d’avoir quelques difficultés à nouer les deux bouts. Devant la somme de frais incompressibles[Pour diminuer votre facture d’énergie, pensez à rejoindre l’[Energy Challenge! ]] (prêt hypothécaire, charges, électricité, etc.), elle calcule ce que lui coûte, chaque année, sa voiture : environ 2200€. Résolue à ne pas diminuer la qualité de son alimentation (en majorité issue de l’agriculture biologique), et habitant à Bruxelles, bien desservie en transports en commun, elle décide de revendre son automobile.

Pourtant, jusque là, Nathalie était plutôt une conductrice, disons, fidèle. Alors qu’elle travaillait (auparavant) à quelques kilomètres seulement de chez elle, c’est quotidiennement ou presque qu’elle s’y rendait au volant de sa petite Nissan Micra.

« Lorsqu’on a une voiture à disposition, on ne se pose pas la question des transports en commun[[Observation confirmée par plusieurs études sociologiques : quand on a une voiture, on s’en sert!]]. Pour ma part, comme j’habitais à proximité de mon boulot, je n’imaginais pas emprunter un bus pour m’y rendre. Parfois, j’y allais à pied ou à vélo, les jours de beaux temps ou lorsque je voulais éviter les encombrements liés à des travaux routiers ou à des contournements. Là, je n’avais aucune envie de prendre ma voiture! Mais c’est vrai que la voiture, c’était surtout par facilité… et par habitude! »

L’absence de problème de parking à proximité de son travail, la possibilité de partir à la dernière minute, et surtout l’enchaînement de multiples activités durant la journée ou sur ses temps de pause incitaient Nathalie à envisager la voiture comme unique possibilité de déplacement ou presque : « Je ne prenais pas uniquement la voiture pour aller au boulot. Je planifiais d’autres choses à partir du boulot, des rendez-vous médicaux, des courses, etc. Je prévoyais dans mon timing la congestion ou les problèmes de parking, mais j’avais toujours en tête que j’irais plus vite en voiture qu’avec un autre mode de transport. Et puis, surtout, pour mes activités du soir, je n’imaginais pas utiliser autre chose que la voiture. Question d’autonomie et de sécurité aussi. »

Cette vie d’automobiliste quotidienne l’incitait ainsi à éviter le centre-ville, où l’« on tourne en rond pour trouver où garer ». Des espaces entiers de la ville, donc, négligés car insuffisamment à la mesure automobile[[Quand l’on connaît les efforts faits par Bruxelles et les autres grandes villes européennes pour se tailler une carrure automobile dans les années 1950 et suivantes, cela peut prêter à sourire aujourd’hui. Victime de son succès chez les conducteurs de voiture, bénéficiant de larges voiries pénétrantes et de nombreux parkings, la ville doit aujourd’hui choisir entre deux destinées : continuer à s’adapter à l’automobile, toujours plus gourmande, ou se réinventer pour les autres usagers de la cité et poser ses conditions à l’accueil automobile.]] .

Une dynamique de changement… et quelques incitants qui permettent le basculement

C’est dans cet univers « monomodal » que la magie opère. Nouveau job, nouvelles contraintes, mais aussi nouvelles opportunités. Et un petit vent de changement salutaire…

« Quand on est dans une mouvance de changement, on pense changements à plusieurs niveaux, on est plus ouvert à remettre des choses en question. J’ai peut-être dû attendre que ces changements s’opèrent pour agir… mais là, je me suis dit ‘‘je suis plus cohérente au niveau de la mobilité’’ et je préfère garder l’alimentation bio pour la santé et pour l’environnement ».

Confirmant les analyses sociologiques sur la question[[Vincent, S., « Les ‘‘altermobilités’’ : analyse sociologique d’usages de déplacements alternatifs à la voiture individuelle. Des pratiques en émergence ? », Thèse de doctorat en sociologie, soutenue publiquement le 17 avril 2008, Université Paris 5 – René Descartes. ]], Nathalie a besoin d’une mutation dans sa vie pour poser des choix nouveaux en matière de mobilité : « J’allais découvrir autre chose. C’est parce qu’il y a changement (d’employeur) que j’ai opté pour d’autres types de changements. L’occasion fait le larron ».

De nouvelles possibilités, de nouveaux trajets à envisager (en centre-ville), mais aussi de nouvelles contraintes la poussent à reconsidérer ses pratiques de mobilité.

« Je ne me voyais pas y aller en voiture, c’est compliqué. En même temps, mes frais de transports en commun sont remboursés intégralement par l’employeur, je ne dois même pas avancer l’argent, c’est génial! ».

Une accessibilité automobile difficile (problèmes de congestion) en centre-ville devenue tout à coup un levier d’action pour stimuler d’autres comportements! Et remettre en cause des habitudes pourtant bien ancrées. S’y ajoutent quelques incitants bien pensés, comme la prime Bruxell’air qui permet à Nathalie de bénéficier d’un abonnement Cambio Start* d’un an renouvelable une fois et d’une double prime vélo (jusqu’à 500€ d’achat de matériel vélo).

Après quelques démarches pour se séparer définitivement de sa voiture (dépôt chez le garagiste, résiliation du contrat d’assurance, radiation de la plaque d’immatriculation, demande de prime Bruxell’air et inscription à Cambio), voilà Nathalie sur la voie d’une autre mobilité!

Etonnements, bonnes et mauvaises surprises

Quelles ont alors été ses bonnes et mauvaises surprises? Ses étonnements au moment d’entamer sa nouvelle vie multimodale?

Il y a tout d’abord la découverte des nombreux services de mobilité alternative, disponibles à Bruxelles, en journée mais aussi en soirée.

« J’ai été assez agréablement surprise par les transports publics bruxellois. Hormis le bruit assez stressant associé au métro, et le manque d’info aux arrêts en cas de retard de bus ou de tram, j’étais plutôt étonnée du temps d’attente limité et du peu de retard à subir en journée. Par ailleurs, je marche plus qu’avant, ça fait du bien! »

Le soir ou la nuit, si une organisation est nécessaire pour éviter des temps d’attente forcément plus longs, Nathalie s’initie aussi aux services Noctis et Collecto, une belle surprise!

« J’en avais entendu parler par mon fils. Ces services me permettent finalement d’être autonome le soir, comme je l’étais en voiture. C’est un service tout à fait valable. Le seul souci avec Noctis : je suis obligée de repasser par le centre pour retrouver la ligne qui rentre chez moi car le réseau est conçu en toile d’araignée. Le Collecto, quant à lui, est disponible toute la nuit et très bon marché, comparativement à un taxi classique. Et il me dépose chez moi, c’est génial! »

Enfin, lorsqu’elle doit absolument utiliser une voiture, Nathalie pense désormais à Cambio! « Cambio, c’est très agréable. Les voitures sont toutes neuves, nickel, agréables à conduire. Je les utiliserai plutôt pour sortir de Bruxelles, si possible en partageant les frais avec d’autres personnes, quand je n’ai pas d’autre possibilité et pas de lift possible par ailleurs. ». Un usage cohérent avec la philosophie générale de Cambio qui vise à contribuer au désengorgement des grandes villes et à diminuer le trafic automobile.

Mais, l’air de rien, c’est surtout un autre rapport à la ville qui commence pour Nathalie.

« Avant, je ne voyais pas les maisons, je passais en voiture, mais sans les voir. Je redécouvre Bruxelles. Pour un mieux. D’autres coins par lesquels je ne passais pas, de jolis parcs. Les trajets des bus passent par plein d’endroits, de petits détours qui permettent de découvrir la ville ».

Redécouvrir sa ville autrement, sous un nouveau jour, en variant les rythmes, les perspectives, les points d’entrée et de circulation, voilà ce que permet la multimodalité. Celle-ci structure également une façon de penser la ville, de la concevoir, de l’appréhender : « en voiture, tu penses Bruxelles en fonction des grands axes routiers, maintenant je pense Bruxelles en fonction du réseau STIB. Les repères changent.»

Outre l’espace, c’est aussi le rapport au temps qui se voit modifié. Changer de mobilité, c’est ainsi envisager d’autres rythmes quotidiens, de nouvelles temporalités, et un certain lâcher prise vis-à-vis de ce temps qui s’écoule inexorablement. Pour Nathalie, les trajets deviennent autant de pauses dans un quotidien parfois survolté : « C’est une petite parenthèse, un moment pour soi, pour faire le switch. Ce n’était pas possible en voiture (temps trop court et trop de tension). Maintenant, j’écoute de la musique, je lis, j’envoie des SMS. J’apprécie vraiment. Ce n’est pas un moment de stress du tout. Mais c’est aussi un état d’esprit : je ne peux rien faire au retard éventuel du bus, donc j’en profite ». Avec philosophie, profiter de ce temps « vide » offert par l’attente ou le trajet : « j’ai même déjà râté un arrêt car j’étais trop prise par le livre que je lisais ou le SMS que j’écrivais ! ».

A côté de ce rapport presque stoïcien aux temporalités des transports publics, c’est toute une nouvelle organisation de la vie qui se met en place : on remplit moins ses journées, on tient compte des impondérables des transports en commun, de l’imprévu. On lâche prise, d’une certaine façon, face au rythme effréné qui nous bouscule chaque jour.

« Quand on a une voiture, on prend d’autres habitudes, d’autres engagements : on planifie des rendez-vous médicaux, des courses, etc., sur le temps de midi, croyant aller plus vite en voiture. Maintenant, je ne prévois plus d’activités juste après, j’organise ma semaine différemment. Je rentre d’abord à la maison avant de sortir à nouveau. Je n’aime pas passer de l’un à l’autre très vite, c’est stressant. Je rentre parfois assez tard, après être repassée faire une petite course (en m’arrêtant un arrêt plus tôt que le mien), mais beaucoup moins stressée ».

« Il y a une forme de volonté de maîtrise du temps dans notre société actuelle mais avec cette insistance de toujours aller plus vite (d’où ce que je faisais avant avec la voiture de combiner plusieurs démarches sur la journée pour ‘‘rentabiliser’’ le temps en dehors du boulot). J’ai été obligée quelque part de lâcher prise par rapport à ce mode de fonctionnement-là puisque je ne peux plus combiner les choses de la même manière, n’étant plus en voiture (qui me permettait d’aller plus vite évidemment ou du moins je le croyais). Aujourd’hui je vais plutôt penser à ‘‘rentabiliser’’ l’espace en fait, c’est-à-dire combiner les démarches en fonction des lieux où je dois me rendre et de regrouper les lieux proches l’un de l’autre ».

La rentrée, période des changements, des résolutions, des nouveaux engagements. Et pourquoi pas d’une nouvelle mobilité ? Lancez-vous!

Céline Tellier

Anciennement: Secrétaire générale et Directrice politique