Se soigner en buvant nos eaux de surface ?

Se soigner en buvant nos eaux de surface ?

Si, en première intention, les médicaments soignent les humains ils peuvent aussi être problématiques lorsqu’ils se trouvent là où ils ne devraient pas. Notamment, dans les eaux de surface où les animaux ne les tolèrent pas forcément bien.

La problématique des substances médicamenteuses dans les eaux est assez récente. Jusqu’ il y a peu, la pollution de l’eau c’étaient les nitrates et les phosphates, et dans une moindre mesure, les pesticides. Néanmoins l’activité humaine engendre l’émission de nombreuses autres substances dans l’environnement notamment via les eaux usées. Les substances médicamenteuses peuvent notamment avoir des effets à très basses concentrations, sans compter le potentiel de « l’effet cocktail ». Elles peuvent se retrouver dans les eaux de surface par différentes voies. Le rapport récent d’Health Care Without Harm permet de mieux comprendre les pratiques autour des médicaments et de voir quel rôle la mauvaise gestion de ces déchets peut jouer sur la pollution des eaux. HCWH a interviewé les citoyens de 6 villes européennes sur la façon dont ils traitent leurs déchets de médicaments (produits périmés ou devenus inutiles). Notamment, quelle proportion d’entre eux jette ces déchets dans les toilettes, participant ainsi directement à la pollution des eaux, et quelle proportion les jette dans les déchets tout venant : la mise en décharge de ces poubelles pose alors un problème potentiel de pollution des eaux. Notons qu’en Belgique, la mise en décharge de déchets tout venant est interdite et que dans les faits, les déchets de médicaments jetés dans les sacs tout venant ne posent pas de problème de pollution de l’eau. Par ailleurs, il ressort de l’étude que les Belges ne jettent quasiment jamais leurs médicaments dans leur système d’égouttage. Par contre, en Hongrie et plus encore en Lithuanie, environ la moitié des déchets de médicaments sont mal gérés et sont une menace pour la qualité de l’eau.

Il n’en demeure pas moins qu’il y a des traces de résidus médicamenteux dans nos eaux de surface. Leur origine ? Industrie polluante ? Bétail « gonflé » aux médicaments ? Surconsommation humaine de médicaments ? Certainement un peu des trois, ce qui ne facilite pas la tâche si l’on souhaite s’attaquer à cette pollution. Des traitements supplémentaires (ozonation, absorption sur charbon activé) au niveau des stations d’épuration permettent de réduire les concentrations de ces substances mais leur coût est tel que leur mise en œuvre sur chaque station d’épuration (STEP) wallonne est impossible. Une étude suisse estime ainsi le surcoût de ces technologies à 10% pour les grandes STEP et 50% pour les « petites unités » d’environ 14000 EH, pour une augmentation moyenne du coût de l’épuration de 15% environ.

Avant de se lancer dans cette course aux post-traitements, il est donc nécessaire, voire indispensable, de se poser des questions. Tout d’abord, il serait intéressant de voir si les filières d’assainissement hors STEP (systèmes extensifs, voire toilettes sèches) ont des rendements comparables à ceux des STEP. Notamment, la gestion des toilettes sèches par compostage pourrait peut-être permettre de mieux dégrader les molécules, le temps de mise en présence avec des bactéries étant bien plus long que dans le processus d’épuration des eaux usées. A l’heure actuelle les données manquent.

Ensuite, il y a lieu de réfléchir sur la consommation de médicaments dans notre pays. La quantité de médicaments peut être limitée dans certains cas (par exemple pour les antibiotiques) mais la molécule utilisée a aussi son importance. Ainsi dans le groupe des anti-inflammatoires non stéroïdiens, l’ibuprofène est dégradé à 90% par les STEP tandis que le diclofénac l’est seulement à 20%. Pourquoi dès lors ne pas soumettre l’agrément des médicaments à des tests plus poussés de toxicité pour l’environnement en évaluant leur potentiel de biodégradation en station d’épuration ?

Enfin, le problème du bétail est tout aussi difficile à régler. Difficile d’empêcher une vache d’uriner dans un pré[[Bon appétit si vous êtes à table…]], sauf à remettre en cause le système de production agricole belge.

Allez, reprenez plutôt une bonne cuisse de poulet, ça vous remontera le moral[[Pour les non anglophones : un cocktail chimique comprenant de l’arsenic et du Prozac a été identifié dans des poulets aux Etats-Unis.]]