Sécheresse en Wallonie – où en sont nos ressources en eau ?

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Le printemps et l’été 2022 ont été jusqu’ici extrêmement secs. Une fin d’hiver vraiment sèche, avec seuls deux évènements de précipitations enregistrés entre le 22 février et le 30 mars. Le printemps a suivi la tendance, avec un épisode très sec entre le 10 avril et le 19 mai. L’été qu’on vit actuellement transforme l’essai avec des précipitations très rares depuis le début du mois de juillet (si ce n’est, bien sûr, la traditionnelle drache nationale).

Depuis le début de 2022, il est tombé un peu moins de 350 mm de pluie à la station de mesure d’Ouffet (en province de Liège, la plus proche de chez moi). La moyenne de précipitations annuelles à cet endroit est d’environ 800 mm (moyenne 1991-2020) 1

Précipitations journalières et précipitations cumulées à la station de mesure d’Ouffet depuis le début 2022.
Source : SPW

En Belgique, nous bénéficions d’un climat continental tempéré, qui fait que nos pluies sont habituellement assez bien réparties tout au long de l’année. Il pleut globalement la même quantité chaque mois. Pas de la même manière (de la neige et de la bruine en hiver, des gros orages en été), mais le volume total est similaire d’un mois à l’autre 2. Ce sont ces pluies régulières qui nous permettent de cultiver en irriguant très peu. Force est de constater que cette régularité dans les précipitations se dérègle.   

L’eau sera le vecteur par lequel tous les effets du dérèglement climatique vont se faire sentir : fonte des glaciers, montée du niveau des mers, période de sécheresse (manque d’eau) ou d’inondation (excès d’eau). Plutôt que de modifier la quantité totale d’eau précipitée chaque année chez nous, le dérèglement climatique modifie la manière dont elle se répartit au cours de l’année : il y aura des mois trop secs, et des jours de déluge.

Situation critique pour les eaux de surface

Une baisse de débit dans les rivières en été est habituelle puisque la majorité de l’eau qui tombe est soit évaporée, soit consommée par la végétation. Peu d’eau ruissèle jusqu’aux rivières (sauf en cas d’excès de pluie sur une courte période comme en juillet 2021). Le débit restant dans la rivière est appelé débit d’étiage – il correspond à l’alimentation de la rivière par les eaux souterraines.

Comparaison du débit de l’Amblève à Martinrive en 2022 avec la moyenne des années précédentes. Le débit actuel est presque 6x plus petit que la moyenne.
Source : SPW

Le débit de l’Amblève en cet été 2022 est cependant inférieur à 1,5 m³/s, soit environ 5 fois plus petit que sa moyenne à cette même période. Nous vivons donc bien une situation exceptionnelle de ce point de vue. Ceci explique les interdictions de circulation des kayaks qui concernent toutes les rivières ardennaises. De même, le débit de la Meuse est au plus bas depuis 1976.

Situation sous contrôle pour les eaux souterraines

Les nappes aquifères se rechargent uniquement pendant la fin de l’automne et l’hiver. En dehors de cette période, la majorité de l’eau de pluie est évaporée. Le peu qui s’infiltre dans les premiers mètres de sol est consommé directement par les racines des végétaux, en pleine activité. Il est donc tout à fait normal d’observer une baisse des niveaux en été. Pour les eaux souterraines, un vrai risque de pénurie réside dans un été sec, qui suit un hiver sec ! Alors, la recharge n’est pas suffisante et on commence la prochaine belle saison avec des stocks peu rechargés… Si on regarde les 10 dernières années, on peut facilement identifier les 4 années de sécheresses qu’ont été 2017, 2018, 2019 et 2020. Ces 4 années de sécheresse ont été reconnues comme calamité naturelle. La recharge de l’hiver 2019-2020 a été très importante, ce qui a permis au niveau d’eau de ne pas descendre aussi bas lors de la sécheresse de 2020. Autre particularité, la recharge estivale exceptionnelle de juillet 2021 ! Il a tellement plus que les niveaux d’eau sont remontés dans les aquifères, phénomène qui n’avait pas été observé depuis… oulà… étais-je même née ?

Evolution et comparaison du niveau d’eau souterraine dans le piézomètre d’Anthisnes pour 5 années. Les variations saisonnières sont bien observables (augmentation des niveaux entre novembre et mars), ainsi que les étés très secs de 2017, et 2020 (niveaux en fin de saison très bas). La recharge importante de l’hiver 2019-2020 est bien visible, ainsi que la recharge estivale exceptionnelle de l’été 2021. Les niveaux actuels sont plus bas que pour une année normale (2013) mais restent sous contrôle.

Les niveaux actuels sont relativement bons et comparables à ceux observés lors d’années précédentes. La situation est donc sous contrôle pour l’instant… mais l’été n’est pas fini.

Y a-t-il un risque pour la distribution d’eau potable ?

La cellule d’expertise sécheresse de la Région Wallonne, composée de membres des administrations concernées, d’Aquawal et des acteurs de la production et distribution de l’eau, s’est réunie le 19 juillet 2022 pour faire un état des lieux de la situation. Plusieurs communes wallonnes ont mis en place des restrictions de consommation : Stoumont, Theux, Rochefort, Durbuy, Libin, Libramont, Chimay et Vresse-sur-Semois.

Pour ces 8 communes, ce sont les pouvoirs communaux qui sont responsables (ou en partie responsable pour Rochefort et Chimay) de la production et distribution d’eau 3. Pour les autres communes wallonnes, le rôle de production et distribution est assuré par un opérateur agissant sur un territoire plus large, permettant à celui-ci d’alimenter les communes de son territoire grâce à des captages situés ailleurs, dans des zones moins touchées par le manque d’eau.

La sécurisation de l’approvisionnement en eau sur l’ensemble du territoire est l’objet du schéma régional des ressources en eau, qui vise à créer des canalisations reliant les zones traditionnellement riches en eau de par leur sous-sol plus propice, à celles étant le plus souvent touchées par les sécheresses 4.

La résilience de notre territoire

La situation actuelle en Wallonie n’est pas catastrophique – principalement parce que les bonnes recharges hivernales de 2020 et 2021 permettent aux niveaux d’eau souterraine actuels de ne pas être trop bas, et ainsi aux aquifères de couvrir nos besoins. Ce ne sera pas toujours le cas – un hiver plus sec et la situation peu devenir critique.

Il est crucial de ne pas nous reposer sur nos lauriers et de modifier dès maintenant quelques habitudes.

Pour cela, il est important d’une part, de capitaliser sur la moindre goutte d’eau tombée, et d’autre part, de réduire notre consommation.

  • Revégétaliser. Exit les surfaces de parking asphaltées à 50°C au sol. Il faut revégétaliser les espaces, la végétation permettant de maintenir des ilots de fraicheur dans lesquelles l’infiltration de l’eau sera favorisée et son évaporation limitée.
  • Pas de sol tout nu ! Il faut maximiser l’impact d’un gros orage estival, après une période de sécheresse en limitant le ruissèlement de cette eau de pluie. Pour cela, il est important que les sols de culture disposent en permanence d’un couvert végétal. Un sol à nu, trop sec, va agir comme une dalle de béton et ne permettra pas à l’eau de s’infiltrer doucement. L’eau va ruisseler directement jusqu’à la rivière et sera perdue pour la végétation et l’infiltration dans les nappes.
  • Protéger et recréer des zones humides. Elles agissent comme des tampons lors d’épisodes de pluies. Elles permettent de stocker le surplus d’eau et d’en faire bénéficier les écosystèmes connexes lors d’un épisode sec qui suit.
  • Consommer moins d’eau ! 80% du volume prélevé dans les eaux souterraines cette fois, est utilisé pour la distribution d’eau publique. Une diminution de cette consommation en période de sécheresse est nécessaire pour limiter l’impact sur les ressources en eau. Laisser l’herbe haute dans son jardin, repenser le choix des cultures en diminuant notamment les surfaces de maïs et patates qui sont très gourmands en eau (et en pesticides) ! Si l’irrigation des cultures/l’arrosage du potager est nécessaire, il doit absolument se faire avant le lever ou après le coucher du soleil, afin que l’eau ait le temps de s’infiltrer dans le sol avant de s’évaporer.
  • Consommer moins d’énergie ! 86% des prélèvements d’eau de surface en Wallonie sont utilisés pour le refroidissement de centrales de production d’électricité. Ce ne sont pas des prélèvements ‘perdus’ puisque l’eau est rejetée à l’aval de la centrale, mais elle a gagné quelques degrés supplémentaires dans le processus. En cas d’étiage des cours d’eau, le débit n’est plus suffisant pour compenser cette augmentation de température et la température en aval de la centrale risque de dépasser les valeurs admises. Des centrales peuvent se voir contraintes de baisser leur production 5.

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  1. Cette moyenne annuelle varie du simple au double sur notre territoire (https://www.meteo.be/fr/climat/climat-de-la-belgique/atlas-climatique/cartes-climatiques/precipitations/quantites-de-precipitations/annuel)
  2. https://fr.climate-data.org/europe/belgique/bruxelles-capitale/bruxelles-6316/#climate-graph
  3. https://www.aquawal.be/servlet/Repository/distribution—myriad-2021.jpg?ID=4932
  4. http://etat.environnement.wallonie.be/contents/indicatorsheets/EAU%20Focus%202.html
  5. https://www.francetvinfo.fr/societe/nucleaire/secheresse-edf-baisse-la-puissance-d-un-reacteur-nucleaire-a-cause-du-faible-debit-du-rhone_5181973.html