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Sous les plastiques, la plage ! Quelles avancées dans la lutte contre les plastiques à usage unique ?
Gaëlle Warnant  •  6 décembre 2018  •  Eau / Pollution de l’eau

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Dans la foulée des décisions prises en matière d’économie circulaire fin de l’année dernière, la Commission européenne proposait dès janvier une stratégie sur les matières plastiques avec en ligne de mire la volonté de s’attaquer aux plastiques à usage unique. Au mois de mai, une proposition était déjà sur la table et visait directement une série de produits couramment trouvés parmi les déchets qui jonchent les plages européennes. Aujourd’hui un projet de directive sur les plastiques à usage unique est sur la table. Un texte ambitieux mis sous pression par les lobbies du plastique et de l’emballage.

Le 24 octobre dernier, les eurodéputés se sont prononcés en faveur de l’interdiction d’une série de produits plastiques impactant pour l’environnement dans ce sens où ils représentent 43% des déchets sauvages trouvés en mer ou sur les plages. Sont visés par la proposition : coton-tige, vaisselle et couverts jetables en plastique, pailles, touillettes, tiges de support des ballons. Tous ces objets devront être remplacés par des matériaux alternatifs plus écologiques. Les députés ont étonnamment élargi la liste initiale de produits interdits pour y inclure les contenants alimentaires en polystyrène expansé et les plastiques oxo-fragmentables [1]. Plus décevant, les sacs en plastique ultra fins, dont l’interdiction était proposée, ont finalement été exclus du champ de la Directive.

Le Parlement a aussi appuyé un objectif de réduction de 25% d’ici 2025 de l’utilisation de contenants alimentaires comme des tasses ou boites « fast-food » pour lesquels il n’y a pas encore d’alternative satisfaisante. Toujours pour 2025, 90% des bouteilles de boissons devront être collectées séparément pour être recyclées à hauteur de 35% minimum. Les filets de pêche, parmi les plus gros contributeurs aux déchets marins, sont aussi dans le viseur avec un objectif de collecte sélective et de recyclage. Les Etats membres sont invités à appliquer le principe de responsabilité élargie aux producteurs de ces articles de pêche.

Une autre avancée dans la lutte contre les déchets sauvages est l’introduction d’un objectif de réduction des mégots de cigarettes. En effet, leur filtre est aussi composé de pastique et n’est pas biodégradable. La proposition avance une réduction de 50% d’ici 2025 et 80% pour 2030. Inutile de préciser que le lobby du tabac est plus que réticent à l’idée de mettre la main à la poche pour contribuer au coût de la pollution que ces déchets engendrent. Quand on sait qu’un seul mégot de cigarette peut polluer plusieurs centaines de litres d’eau et contient des composés toxiques pour la vie marine, il est plus que temps de responsabiliser les cigarettiers, notamment via le principe de Responsabilité élargie des producteurs (REP).

Ne nous leurrons pas car si ce vote est une avancée majeure, le diable se cache sans doute dans les détails. Certaines dispositions de la proposition devront évoluer pour une réelle diminution de la pollution par les plastiques. Ainsi, la définition même de « plastique à usage unique » pourrait ouvrir une brèche en excluant certains produits plastiques pourtant problématiques pour l’environnement, de part la nature des polymères ou du fait qu’ils ne soient pas nécessairement jetés après une seule utilisation.

Le projet de directive est actuellement discuté en trilogue et fait l’objet d’un intense lobbying des industries. Ainsi les grands producteurs de boissons (Coca-Cola, Nestlé, PepsiCo…) freinent des quatre fers à l’idée d’une obligation de rendre les bouchons inséparables de leur bouteille arguant qu’il vaut mieux éduquer le citoyen à mieux trier ses déchets. Rejeter la responsabilité sur le consommateur et la bonne volonté du citoyen, voilà la stratégie adoptée par les lobbies de l’emballage ou des géants de l’agro-alimentaire. Pour ces industries, la pollution par les plastiques est essentiellement un problème de déchets sauvages, donc de comportements inadéquats et ne doit pas remettre en cause nos modes de production et de consommation. D’autres lobbies remettent également en cause la légitimité des Etats membres à légiférer en interdisant certains produits sur le marché européen. Autre tactique couramment utilisée, montrer sa « bonne volonté » par des initiatives volontaires mais refuser toute approche réglementaire. En exemple, les fabricants de gobelets à usage unique qui mettent en avant la recyclabilité de leurs produits et les innovations dans les matériaux pour contourner des interdictions pures et simples.

Résister à cette pression des lobbies, voilà l’enjeu au niveau de la Commission, du Conseil et du Parlement européen. Cette législation sur les plastiques à usage unique pourrait être une des plus ambitieuses au monde avec de mesures concrètes à l’impact bien réel pour limiter ce fléau mondial. Si des questions subsistent encore quant à tout ce que cette directive pourra couvrir et surtout sur les mécanismes qui seront activés pour modifier les modes de production et responsabiliser les producteurs, la mobilisation citoyenne sur ce sujet est capitale ! Il est encore temps de mettre la pression sur les décideurs notamment en signant cette pétition.


[1Plastiques oxo-dégradables ou fragmentables : plastiques pétro-basés auquel a été ajouté un additif qui se défait sous l’action de la lumière, de l’oxygène et de la chaleur. Ce type de plastiques se fragmente en très petites parties mais ne se dégrade pas complément. Ils ne sont ni recyclables, ni compostables.



 
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