Substances prioritaires dangereuses – Comment les Etats membres se moquent de la santé de leurs concitoyens !

Substances prioritaires dangereuses – Comment les Etats membres se moquent de la santé de leurs concitoyens !

Ce 18 juin, le Parlement européen a adopté la directive établissant des normes de qualité environnementale (NQE) dans le domaine de l’eau. Déception sur toute la ligne…

Comme Actu Environnement le dit très bien : « Les débats ont surtout porté sur les substances qui allaient être couvertes par ce texte. » Ont finalement été retenues… les 33 substances qui étaient déjà visées par la décision de 2001 ! Il est loin le principe de précaution ; je me demande même comment un Etat membre pourrait encore un jour le prononcer sans s’étouffer. Sachez qu’un grand nombre d’amendements ont été rejetés, portant sur l’ajout de plus de 29 substances à la liste actuelle. Parmi ces substances, on trouve le bisphénol A dont nous parlions dans une nIEWs précédente. Les preuves de son rôle de perturbateur endocrinien ne sont plus à faire, et pourtant, le bisphénol A n’a pas été inclus à la liste. La démonstration est close : la santé des citoyens et celle de l’environnement ne font pas partie des priorités de nos décideurs.

Pour se montrer raisonnables, les députés ont octroyé à la Commission la possibilité de revoir la liste en 2011. Cette possibilité vise 13 substances supplémentaires dont les dioxines, les PCB et… le bisphénol.
Dans son communiqué de presse, l’Europe nous affirme que « ces normes permettront d’assurer un niveau élevé de protection de l’environnement et de la santé humaine ».

Quelle insouciance face aux substances qui posent problème aujourd’hui dans le milieu aquatique (ce qui témoigne d’une large diffusion dans l’environnement) et qui n’ont pas été inclues. D’usages variés, de dispersion communément incontrôlée : produits de contraste utilisés en radiographie (amidotrizoate, Iopamidol), herbicides (AMPA, bentazone, glyphosate, mecoprop), pesticides (dicofol, quinoxyfen), vernis et colle (isopropylidenediphenol), médicament (carbamazépine, clotrimazole, diclofenac), assouplissants des plastiques (phtalate de dibutyle), additifs de carburant (2-ethoxy-2-methylpropane), processus minier (cyanures libres), parfums (HHCB, musc cetone, musc xylene, tonalid), écrans solaires (4-methylbenzylidene camphre, 4-methoxycinnamate de 2-ethylhexyle), chimie industrielle (acide naphtalene –1,5 disulfonique).
L’enjeu est bien entendu d’associer à la définition des normes de qualité des programmes de réduction des émissions, voire de suppression pour les 13 substances étiquetées «substances dangereuses prioritaires».

Le Parlement ne s’est pas contenté de réduire ses ambitions au minimum en termes de substances visées, il a aussi très innocemment oublié d’introduire la question des normes dans les sédiments et êtres vivants. Ces approches étaient explicitement demandées par la directive-cadre sur l’eau.

Plus tard, toujours plus tard…
Qui ira dire « trop tard par manque de prévention » à l’oreille du citoyen européen ?