Trajets domicile/école : un enjeu de société

Trajets domicile/école : un enjeu de société

La rentrée scolaire est bien là et les préparatifs ont probablement boosté le rythme de la vie familiale : achat de fournitures scolaires, d’une nouvelle paire de chaussures, d’une boîte à tartines,… La facture peut rapidement s’élever si on ne privilégie pas la réutilisation du matériel encore en bon état ou, pourquoi pas, l’emprunt aux cousins ou voisins plus âgés. Un autre coût important relatif à la scolarité : les déplacements domicile/école. La moitié de ceux-ci se font encore aujourd’hui en voiture, mode de déplacement le plus cher! En moyenne, un kilomètre coûte 0,40 EUR, multiplié par le nombre de kilomètres entre le domicile et l’école et le nombre de jours d’école… Fameux budget ! Le bus, lui, est gratuit jusque 12 ans et à moitié prix pour les élèves plus âgés.

Mais les euros dépensés ne sont qu’une partie du problème.

La santé en jeu

La santé est un capital qui se construit dès le plus jeune âge, et son état à 50 ans dépend aussi de nos habitudes de vie durant nos enfance et adolescence. L’OMS recommande la pratique quotidienne de 30 minutes d’activité physique de bonne intensité. Pour beaucoup de jeunes, le programme quotidien se résume à ceci : lit, banquette arrière de la voiture, banc d’école, banquette arrière de la voiture, fauteuil face à la TV ou chaise devant le PC, et à nouveau: lit, banquette arrière de la voiture,… Seulement 32% des jeunes de 14 à 25 ans pratiquent une activité physique intense et 9% des jeunes en âge scolaire n’ont aucune activité sportive. 10 % des élèves sont en surcharge pondérale et 5 % d’entre eux souffrent d’obésité[[Données issues du tableau de bord de la santé 2007, commandité par la Communauté française et réalisé par l’école de santé publique de l’Université libre de Bruxelles.]] .

L’environnement dégradé

Si vous voulons laisser à nos enfants une terre viable, il est temps d’agir. En Belgique, le secteur du transport est le deuxième secteur responsable des émissions de gaz à effet de serre après l’industrie et il a augmenté ses émissions de 31% entre 1990 et 2007 alors que le secteur industriel les diminuait de 22%[[Données issues du tableau de bord de l’environnement, 2010]]. L’utilisation massive de la voiture a d’autres conséquences néfastes sur notre environnement: pollutions locales de l’air (particules fines et pic d’ozone), pollution sonore, morcellement du territoire par les infrastructures routières,…

Mettre fin à la génération banquette arrière. Pour aujourd’hui et pour demain

Les études sociologiques réalisées[[Les travaux de Stéphanie Vincent, sociologue, abordent cette notion de socialisation aux modes de transport.]] nous ont appris que les altermobiles d’aujourd’hui – entendez les personnes qui utilisent d’autres modes de déplacement que la voiture – le sont car ils l’ont été durant leur enfance. Il est donc impératif d’offrir la possibilité aux enfants d’expérimenter d’autres moyens de déplacements que la banquette arrière de la voiture de leurs parents! Plus qu’une sensibilisation aux modes de déplacements moins polluants, il s’agit ici de permettre une socialisation à ces modes.

De plus, se déplacer à pied, à vélo ou en transports en commun, c’est découvrir son environnement géographique et social et acquérir de l’autonomie. Des études psychosociales[[Informations reprises par Pierre Vanderstraeten, urbaniste, dans ses travaux sur les éco-quartiers.]] ont montré que des enfants qui n’avaient pas la possibilité d’appréhender leur quartier de manière autonome pouvaient, plus tard, rencontrer des difficultés de sociabilité. L’autonomie est, faut-il le rappeler, une compétence très utile et valorisée dans le monde actuel, que ce soit au niveau scolaire ou professionnel.
Ainsi, des pratiques modales expérimentées dans l’enfance ou la jeunesse sont plus à même de réapparaître tout au long du cycle de vie[[Cette notion de socialisation modal a particulièrement bien été mise en avant dans les travaux de Stéphanie Vincent (sociologue). L’habitus se construit à travers les expériences vécues. La socialisation primaire réalisée parmi les ‘autres significatifs’ (famille, entourage proche) détermine les bases de ce schème d’interprétation qui induit certaines attitudes ou comportements. La socialisation secondaire qui prend place à l’école et dans les groupes de pairs apporte une ‘couche’ supplémentaire. La suite des interactions vécues par les individus (travail, loisirs, etc.) modifiera plus ou moins fortement leur habitus. Les individus sont libres de leurs actes mais restent influencés par leur habitus…qui évolue avec leurs actions.]]. Ces habitudes sont à entendre tant en termes d’aptitudes (aptitudes à se déplacer avec ce mode) que de représentations positives à l’égard du mode. La pratique d’un mode de déplacement alternatif laissera un bon souvenir, et pourra être maintenue ou réactivée, si ce mode procure des avantages réels et perçus. Il faut développer les alternatives pour qu’elles deviennent de plus en plus concurrentielles à la voiture.

En Wallonie, 66% des élèves de l’enseignement maternel-primaire effectuent un trajet de moins de 5 kilomètres; 29% parcourent entre 5 et 20 kms et moins de 5% parcourent plus de 20 km pour se rendre à l’école. Au niveau de l’enseignement secondaire, les chiffres sont 31%, 54% et 16% pour les plus longues distances[[Données issues de l’étude réalisée par la SEGEFA sur les migrations scolaires en 2001 (les chiffres ont été arrondis)]].

Il est vrai que le nombre d’utilisateurs du train ou du bus augmente chaque année. Il est nécessaire et urgent d’investir davantage dans les transports en commun pour accompagner cette tendance avant qu’elle ne s’arrête. Au vu du nombre d’abonnés Lynx TEC aujourd’hui, beaucoup d’adolescents wallons utilisent déjà le bus pour se rendre à l’école. Malheureusement, les conditions de confort qui leur sont souvent proposées pour leurs déplacements en heures de pointe ne leur laissent pas facilement un bon souvenir du bus. Le permis de conduire reste encore pour la plupart des jeunes d’aujourd’hui le sésame de la liberté!

Pour les plus jeunes enfants qui ont besoin d’être accompagnés, le covoiturage est une autre solution à envisager. A tour de rôle, chaque parent d’un même village ou quartier, prend en charge le ramassage des enfants en voiture et le trajet jusqu’à l’école. C’est une solution conviviale , économique et qui permet aussi de diminuer le nombre de voitures aux abords des écoles.

Enfin, pour les courtes distances, rien de tel que les modes doux! A pied ou à vélo, n’est-ce pas la manière la plus agréable de se rendre à l’école? C’est en tout cas la manière la plus écologique, économique et bénéfique pour la santé. Bien entendu, beaucoup de parents ne sont pas disponibles quotidiennement pour accompagner leurs enfants dans ces déplacements non motorisés. Quelle(s) solution(s)? Des ramassages à pied et à vélo peuvent être organisés.

Le PédiBus, le bus pédestre, est un ramassage scolaire qui se fait à pied. Le principe est extrêmement simple : un groupe d’enfants à partir de 4 ans est mené à tour de rôle par des accompagnateurs sur le chemin de l’école. Comme le bus, le PédiBus accueille les enfants en différents endroits d’un itinéraire prédéfini et selon un horaire fixe. Tout parent peut être à l’initiative de l’organisation d’un pédibus. L’asbl Gamah a édité un guide pour aider de telles initiatives et peut apporter ses conseils.

Le VéloBus est un ramassage scolaire à vélo plutôt qu’en bus : des enfants âgés d’au moins 9 ans se rendent à l’école et en reviennent le soir à vélo en groupe encadré par des adultes formés à cet effet. Un horaire précis et des points d’arrêt sont définis, que chacun doit respecter. N’importe quel parent peut initier un tel projet ou le suggérer à l’école de son enfant, en contactant d’emblée la direction, la commune et/ou l’association des parents d’élèves. Il est possible d’obtenir un soutien et des renseignements pratiques auprès de Pro Velo, qui a édité un Guide du ramassage scolaire à vélo très complet, téléchargeable sur Internet. L’asbl Empreintes propose également du ramassage à vélo via le projet Génération Tandem Scolaire (GTS). Vous trouverez toutes les informations à propos de ce projet sur le site http://www.generationtandemscolaire.be.

Bien entendu, de telles initiatives sont difficiles quand les trottoirs sont trop étroits ou discontinus ou quand les vitesses pratiquées par les automobilistes mettent les jeunes cyclistes en danger. Il est de la responsabilité des autorités communales et régionales d’instaurer les conditions favorables à l’utilisation des modes doux. C’est d’ailleurs l’objectif du Plan Escargot. Il s’agit d’une aide financière régionale que les communes peuvent solliciter pour réaliser des aménagements favorables aux mobilités douces. Nous espérons que ce Plan Escargot continuera a être suffisamment financé dans les années à venir.

Sachez par ailleurs qu’un appel à candidatures pour le “Printemps de la mobilité” vient d’être lancé lors de la semaine de la mobilité. Le site http://semaine.mobilite.wallonie.be invite les jeunes à devenir acteurs de leur mobilité.

Bougeons-nous pour que les générations futures bougent mieux

Les parents-taxis sont encore trop nombreux et ils alimentent le cercle vicieux de l’insécurité aux abords des écoles : plus de voitures, encombrement et insécurité sur les routes près des écoles, déplacements piétons et cyclistes dangereux, donc plus de parents conduisent leurs enfants en voiture,…
Nous avons la responsabilité d’améliorer la situation, chacun à notre niveau : parents, établissements scolaires, responsables politiques. Pour diminuer les coûts de déplacements, pour la sécurité de nos enfants, pour leur santé, pour leur apprendre l’autonomie, pour notre qualité de vie, pour la qualité de notre environnement, pour les générations futures, nous devons favoriser d’autres moyens de déplacements que la voiture.

Extrait de nIEWs 79, (16 au 30 septembre 2010),

la Lettre d’information de la Fédération.

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Juliette Walckiers

Anciennement: Mobilité