Un million de vélos ?

Un million de vélos ?

Les dernières semaines ont été particulièrement riches en faits et gestes relatifs à la mobilité. Pour fêter dignement cette vingt-cinquième nIEWs, réalisons une petite mise en perspective ludique de deux ou trois faits marquants.

Le 19 avril, le Gouvernement wallon était spécifiquement dédié aux politiques de mobilité et de transport. Il décidait (cliquez ici pour en savoir plus), entre autres choses, de confier à la SOFICO la réalisation de la liaison Cerexhe-Heuseux-Beaufays (projet A605), pour un budget estimé à 400 millions d’euros pour 12,5 km d’autoroute. Ou de quoi réaliser entre 8.000 et 10.000 km de pistes cyclables. Excusez du peu !

Le 06 mai, l’action Bicycity co-organisée par le GRACQ et le Fietsersbond Brussel connaissait un franc succès : 10.000 cyclistes se retrouvaient dans Bruxelles, après avoir convergé en 10 colonnes vers la capitale et avoir, le temps d’une illusion, régné en maîtres sur deux tronçons de l’A12 et de la E411. L’action visait à attirer l’attention sur la nécessité d’accorder de la place au vélo dans l’espace public. Ceci dans une ambiance festive.

Plus anecdotique, quoique, il semblerait que les vols de vélos aient connu une certaine recrudescence ces derniers temps – est-ce l’effet de ce mois d’avril franchement estival?
Essayons donc, mon cher Watson, de coller tout cela ensemble : 400 millions d’euros + une envie de s’adonner aux joies de la bicyclette + des vols de vélos… Bon sang ! Mais c’est bien sûr ! 400 millions d’euros, ça fait bien un million de fois 400 euros ? Soit un millions de (beaux) vélos. La Région wallonne ne pourrait-elle pas commander un million de bicyclettes aux fabricants régionaux et les mettre à la disposition des Wallons ? Création d’emplois (ça fait du boulot, de construire un million de bécanes), report modal (y aura plus place pour les bagnoles), baisse des vols (plus revendables dans un marché saturé) – et satisfaction de la population ! C’est-y pas beau, ça ?

Des esprits chagrins objecteront, à n’en point douter, que tout ceci n’est guère sérieux. Eh bien dans ce cas, versons donc dans le pragmatisme cher à certains édiles ! Au lieu de réaliser un nouveau « plan vélo » en Wallonie, mettons en ½uvre l’existant. Ben oui, tout est là: l’étude « Vélo+ » ne demande qu’à être concrétisée. Elle propose un objectif clair (10% de déplacements en Wallonie en 2010 – l’étude date de 2003…), une description des grands axes d’action, un planning et un budget.

Ah oui… C’est peut-être là que ça coince un peu. Le budget. Hénaurme. Démesuré. Pyramidal. Abyssal : 35 millions d’euros par an pour le vélo pendant dix ans. Vous vous rendez compte ? Doter la Wallonie d’une politique cyclable digne de ce nom reviendrait presque, au terme des dix années, aussi cher que de construire 12,5 km d’autoroute. « Impensable ! » Ont dû se dire nos décideurs. Dilapider le rare argent public pour un objet de loisir de fin de semaine certes sympathique quand des milliers de chevaux (moteur) piaffent d’impatience à l’idée de s’ébrouer sur un tout beau tout neuf tronçon d’autoroute au lieu d’être coincés dans d’interminables embouteillages? Ayons de l’ambition pour la Wallonie que diable! Un magnifique viaduc (sur)plombant une verte vallée, voilà une vraie vitrine du savoir faire Wallon!

Pierre Courbe

Mobilité