Un Sommet européen le dos au ravin

Un Sommet européen le dos au ravin

Alors que des centaines de délégués du monde entier sont réunis à Poznan pour la Conférence des Nations Unies sur le Climat, le Sommet des chefs d’Etats européens qui se tiendra à Bruxelles ces 11 et 12 décembre va décider de l’avenir du paquet Energie/Climat proposé par la Commission. Pour rappel, celle-ci demande l’instauration de normes contraignantes imposant aux Etats membres d’atteindre une réduction de 20% de leurs émssions de gaz à effet de serre, une efficacité énergétique accrue de 20% et une part de 20% d’énergies renouvelables dans leur mix énergétique à l’horizon 2020.
Pour la Fédération Inter-Environnement Wallonie, ce package 20/20/20 constitue un minimum-minimorum. Tout pas en arrière de l’Europe enverrait non seulement un signal particulièrement négatif à la communauté internationale mais compromettrait dangereusement le succès de la lutte contre les changements climatiques et la transition vers une économie low-carbone. La Fédération envionnementale appelle donc les décideurs européens à ne pas prendre la crise comme alibi d’une marche arrière et de profiter au contraire du contexte pour réorienter la production et la consommation vers des modèles véritablement durables.

Les pressions se sont multipliées ces dernières semaines sur la présidence française pour que les objectifs du paquet Energie/Climat soient revus à la baisse. Les Etats membres – singulièrement l’Italie, l’Allemagne et la Pologne – mais aussi les industriels évoquent la tempête que traverse actuellement l’économie pour demander des mesures moins contraignantes et notamment la (quasi) gratuité des quotas d’émissions de gaz à effet de serre. Le risque est donc bien réel de voir le Sommet détricoter les propositions de la Commission…

Pour la Fédération Inter-Environnement Wallonie, une marche arrière ne serait rien de moins qu’irresponsable. Tout indique en effet qu’on a déjà trop tardé pour engager la lutte contre les changements climatiques et tout retard supplémentaire engendrera des conséquences dramatiques sur le plan environnemental mais aussi économique, social et humain.

Le Rapport Stern publié en 2006 a démontré que les mesures pour lutter contre les changements climatiques mobiliseraient à peine 1% du PIB mondial sur dix ans alors que les conséquences du réchauffement engendreraient une perte nette de 20% du PIB à l’horizon 2050. Mais le coût de l’inaction ne sera pas uniquement financier : au moins 200 millions de personnes devront migrer pour survivre et tous les équilibres planétaires subiront de profondes modifications.

Dans son rapport de 2007, le GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur le changement climatique) notait que nous possédons les moyens d’enrayer le processus de réchauffement climat mais que tout retard dans la mise en oeuvre de ceux-ci compromet d’autant les chances de succès…

Les objectifs du paquet Energie/Climat sont des objectifs à moyen terme, une première étape aussi insuffisante qu’indispensable. Selon le GIEC, nous devrons réduire nos émissions de 80 à 95% d’ici 2050. Les mesures 20/20/20 du paquet Energie/Climat ne sont qu’une marche nous permettant de faire le grand saut mais nous ne pouvons pas nous permettre de la louper.

Sur un plan plus « symbolique », à l’heure où la Conférence de Poznan travaille à la définition des objectifs mondiaux de réductions d’émissions post-Kyoto qui devront être adoptés à Copenhague l’an prochain, l’Union européenne doit rester fidèle à son rôle de pionnière. Elle qui a toujours été à la pointe du combat ne peut aujourd’hui s’enfermer dans une attitude frileuse; un accord climatique international ne pourra se faire sans son engagement univoque et ambitieux.

Pour la Fédération Inter-Environnement Wallonie, nous n’avons plus le temps d’attendre et ce Sommet européen constitue dès lors un rendez-vous capital. La crise économique n’est pas un obstacle mais l’occasion de réussir la transition vers un monde nouveau. Il nous faut changer et nous adapter. Cela ne sera possible qu’en posant dès aujourd’hui les jalons d’une politique climatique et énergétique à long terme, stable et cohérente. Aux dirigeants politiques européens de démontrer qu’ils sont à la hauteur de cet enjeu historique.