Une économie au service de l’environnement et de l’humain ?

Une économie au service de l’environnement et de l’humain ?

L’Humanité traverse aujourd’hui une crise économique qui pourrait être la plus grave depuis la Grande Dépression de 1929. Celle-ci pourrait cependant sonner le glas du système financier qui prévaut aujourd’hui et ouvrir la porte à un nouveau modèle, garant d’un mieux-être social et écologique. Une opportunité à saisir en somme…

Après les “Golden Sixties”, la société a assisté à l’avènement d’un nouveau système économique où rapidement les «intérêts financiers» ont pris le pas sur l’économie «réelle», impliquant une quête infinie vers le profit maximum. Cette suprématie capitaliste ne s’est pas opérée sans mal puisque, en créant un rapport de force favorable au patronat (se faisant au détriment des travailleurs), elle a laissé la porte ouverte à toutes les dérives sociales et écologiques possibles et imaginables. Accroissement des inégalités (sociales et écologiques), diminution des normes sociales et environnementales, détérioration des conditions de travail et privatisation des services publics en sont des exemples parmi d’autres.

A y regarder de plus près, la crise qui nous secoue actuellement impute les causes à la structure et aux mécanismes du système financier lui-même, témoignant de l’échec de la mondialisation libérale et de la fiction des marchés autorégulés. Néanmoins, gouvernements et banques nationales continuent à la soutenir, se précipitant au chevet du grand malade néolibéral, lui assainant, à coup de milliards d’euros, une cure court-termiste… laquelle risque de remettre sur pied le même système. Une fois rétabli, il est à parier que celui-ci tournera à nouveau le dos à son bienfaiteur étatique, reprenant son cours individualiste, laissant la place à de nouveaux désastres.

Or, tel que l’a récemment rappelé Jean Ziegler, expert au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, «la crise est une occasion formidable» pour quitter le système financier et mettre fin à l’emprise qu’a la finance sur l’ensemble de la société. Ce faisant, le système financier serait inversé, rendant l’économie compatible avec et au service de l’équité, l’environnement et les besoins de la population dans son ensemble.

A cet égard, Attac[Association pour la Taxation des Transactions pour l’Aide aux Citoyens]] Europe a récemment lancé une campagne commune, intitulée «[Le temps est venu de sortir l’économie casino ! Désarmons les marchés !» au sein de laquelle le mouvement appelle à sortir du néolibéralisme et à «briser la domination des marchés financiers sur l’économie réelle». Pour y arriver, il convient notamment de :

  • instaurer une taxe sur toute forme de transfert financier (aux fins de réduire la spéculation, tout en stimulant des modes de production et de consommation soutenables et équitables) ;
  • instaurer une imposition progressive des revenus du capital ;
  • fermer les paradis fiscaux ;
  • interdire tous les instruments insoutenables et déstabilisants de la finance (que sont par exemple les fonds de placement Hedge Funds et Private Equity Funds) ;
  • encadrer fermement les procédures de tritrisation[[La tritrisation se dit d’une «opération par laquelle les établissements bancaires cèdent leurs créances à des organismes dits fonds communs de créances, qui émettent des titres négociables sur le marché» (déf. Larousse).]].

La mise à nu du système néolibéral ne peut toutefois se faire sans que, parallèlement, s’opèrent quelques réformes visant à :

  • une nouvelle répartition des revenus ;
  • préserver les services publics et la sécurité sociale ;
  • soutenir massivement les investissements écologiques.

And last but not least, en lieu et place de soutenir massivement le secteur bancaire privé, les Etats seraient priés de renforcer les banques publiques qui ne s’inscrivent pas dans la logique du profit à tout prix en vue d’assurer des finances stables pouvant assurer un développement durable et équitable. Ce faisant, des investissements considérables pourraient dynamiser les infrastructures sociales, l’enseignement, la culture et l’environnement, secteurs ayant jusqu’à présent souffert d’un sous-investissement chronique et qui pourtant sont des vecteurs d’emploi, de stabilité et de durabilité.

La balle est désormais dans le camp des politiques… mais aussi dans celui de l’opinion publique qui peut, en agissant une pression soutenue pour un renversement du modèle néolibéral, leur donner la confiance de prendre des mesures qu’ils auraient pu par ailleurs jugé trop risquées ou impopulaires.

Crédit photographique: le site d’Attac France