Voyage au pays des Wwoofers

Voyage au pays des Wwoofers

Peut-être est-ce dû à son nom plutôt « barbare » ou à ses origines anglo-saxonnes, mais le Wwoofing[[Acronyme de « World Wide Opportunities on Organics Farms ». ]] est relativement peu connu par rapport au succès qu’il rencontre.

Cette activité (ou faut-il dire cette forme de vacances ?) est née en 1971 en Angleterre, à l’initiative d’une femme qui, habitant la ville, avait trouvé le moyen de s’en échapper le week-end en proposant à des fermiers de lui offrir le gîte et le couvert contre sa participation aux travaux de la ferme.

De l’Angleterre, cette forme d’écovolontariat s’est répandue dans le monde[« Le WWOOFing, entre agriculture et solidarité », Février 2017, sur : [http://escalesdurables.fr/wwoofing-entre-agriculture-solidarite/]]. Non seulement au niveau de l’offre (avec plus de 12.000 lieux d’accueil – « whosts » – pour près de 80.000 accueillis – « wwoofers » – dans une centaine de pays)[Cfr le site de l’association Wwoof Belgique : [http://www.wwoof.be/what/qu_est_ce_le_wwoof.php]].

Découvrir l’agriculture biologique, l’écoconstruction ou la fabrication de produits durables[En Belgique par exemple, au-delà des fermes, les entrepreneurs en construction durable, les artisans ou fabricants « de produits respectant les principes du développement durable » peuvent devenir whosts.]], dans un cadre non-monétarisé (gratuité du gîte et des repas contre la participation aux travaux de la ferme), apprendre à vivre autrement dans une logique de décroissance et d’autosuffisance, rétablir un lien social entre les ruraux et les urbains… via des échanges marqués par la solidarité, la confiance, le respect et le partage… sont parmi les principaux objectifs déclarés du wwoofing[[Voir notamment l’interview du président de l’association WWOOF France, dans [http://escalesdurables.fr/wwoofing-entre-agriculture-solidarite/]].

Mise en réseau, solidarité et coresponsabilité

Comme en témoigne le texte de la brochure de Wwoof Belgique, au-delà de l’envie de se mettre au vert, le wwoofer s’inscrit dans un mouvement de solidarité vis-à-vis du producteur pour soutenir l’agriculture bio, une économie locale et pour qu’il n’ait pas « à porter seul le risque du climat sur sa culture ». Le wwoofer paye une cotisation au réseau Wwoof, que ce soit en Belgique ou en France, ce qui correspond également à une forme de solidarité. Si on compare cette situation à celle du tourisme traditionnel, on imagine mal une agence qui ferait supporter le montant de sa commission entre le client (touriste) et l’hôte (hébergement). Au-delà de sa dimension éducative, le dispositif semble être avant tout une mise en réseau qui relie les agriculteurs (et autres métiers des whosts) aux personnes qu’ils accueillent. Une charte vient encadrer cette relation[Par exemple, pour la Belgique, voir [http://www.wwoof.be/_documents/wwoof_belgique_charte.pdf]].

Travail ou vacances ?

Certaines des explications adressées au futur wwoofer dans la brochure de Wwoof Belgique retentissent presque comme une publicité d’agence de voyage : « En vous inscrivant comme WWOOFer en Belgique vous aurez … l’occasion de vous détendre et de découvrir la région, vous bénéficierez d’un logement chaud, propre et selon vos convenances, vous vous nourrirez sainement avec des plats bio préparé par votre Whost ou par vous-même… ». En France, dans la mesure où l’activité ne donne lieu à aucune rémunération, elle est considérée par le Ministère de l’Agriculture comme une forme de « vacances actives à la campagne » permettant à la personne d’accompagner l’exploitant dans certaines de ses activités en dehors de toute relation de travail[[“Wwoofing et droit du travail : le bonheur est-il dans le pré ?”. Droit social 2016, Dalloz, p. 71]].

D’autres institutions par contre ne sont apparemment pas de cet avis. Par exemple, en France toujours, la Mutualité sociale agricole (MSA) considère que le wwoofer est à assimiler davantage à un travailleur salarié agricole. Au niveau de l’inspection du travail, certaines antennes locales estiment que le recours à de l’activité bénévole ne peut avoir lieu dans le cadre de structures économiques à vocation lucrative. La presse française s’est fait le relais de cas d’agriculteurs poursuivis en justice pour avoir accueilli des wwoofers[[http://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/aspiran-maraicher-poursuivi-mutelle-sociale-agricole-cause-woofing-388025.html ou http://www.liberation.fr/futurs/2013/08/20/le-wwoofing-une-pratique-en-vacance-de-statut-juridique_925939]]. En outre, certaines organisations syndicales y voient une concurrence déloyale au travail salarié saisonnier, ainsi qu’une pratique de travail qui, parce que dissimulée, est préjudiciable à la protection sociale des travailleurs[[“Wwoofing et droit du travail : le bonheur est-il dans le pré ?”. Droit social 2016, Dalloz, p. 71.]].

En Belgique, le flou juridique semble tout aussi important. Ainsi, le wwoofer chômeur risque de perdre ses allocations de chômage et les whosts sont avertis par l’association Wwoof Belgique que l’inspection du travail pourrait ne pas accepter le wwoofing[Cfr Charte de Wwoof Belgique ([http://www.wwoof.be/_documents/wwoof_belgique_charte.pdf).]]. L’association cherche, avec d’autres acteurs, à faire progresser la législation.

En conclusion…

Sur le plan du vide juridique, on peut assimiler le wwoofing à des formes diverses d’économie collaborative qui ont été perçues comme produisant des situations dangereuses pour les bénéficiaires et de la concurrence déloyale par rapport aux secteurs traditionnels (Ubber, AirBnB). Cependant, il semble évident que le Wwoofing fonctionne sur une dynamique assez différente du fait que les échanges y sont totalement démonétarisés et que la solidarité et l’apprentissage y soient des valeurs prédominantes.

Cette forme de « tourisme », qui s’apparente véritablement à de l’écotourisme de par l’activité principale exercée par le wwoofer au cours de son séjour, présente de quoi faire rêver les gestionnaires d’autres initiatives en matière de tourisme durable, notamment du fait que la demande de séjour, dans le cadre du wwoofing paraît être forte, claire dans son expression, cohérente et croissante. Elle semble également être bien connectée à l’offre, ce qui n’est pas encore le cas d’autres initiatives en la matière.

Sur le plan de son impact environnemental, on ne peut qu’encourager le wwoofing de proximité[[Comme le fait Wwoof Belgique.]], pour éviter de perdre, à cause du voyage en avion pour accéder à sa destination (à fortiori si elle est lointaine), les bénéfices engrangés via un séjour à haute valeur ajoutée d’un point de vue environnemental. Ceci s’applique bien sûr également à d’autres formes d’écovolontariat.

Marie Spaey

Tourisme

Fermer le menu