ZAE, le point !

ZAE, le point !

L’analyse des notes d’orientation et des budgets 2019 dans la thématique Aménagement du Territoire confirme la mise en place du  programme « SOWAFINAL3 », doté de 330 millions € pour assurer le financement alternatif de « projets structurants pour le redéploiement économique de la Wallonie ». Tâchons de voir ce que cela recouvre exactement.

Dans le cadre du Plan wallon d’investissements, le Gouvernement a sélectionné le 24 mai 2018, sur proposition du Ministre de l’Aménagement du Territoire, Carlo Di Antonio, et du Ministre de l’Economie, Pierre-Yves Jeholet, 141 projets destinés à « doter la Wallonie d’infrastructures performantes » en vue d’accueillir des entreprises dans les zones d’activités économiques et les zones portuaires et de poursuivre l’assainissement et la réhabilitation des sites en reconversion.

Ces projets correspondent à 330 millions € qui doivent être empruntés A l’heure qu’il est, le Gouvernement Wallon examine les offres des banques qui se sont proposées pour financer ce montant.

Dans sa note d’orientation politique présentée au Parlement de Wallonie à l’automne 2018, le Ministre Carlo Di Antonio annonçait l’objectif de cet important emprunt : « dessiner le redéploiement socio-économique de l’ensemble de la Wallonie, tout en éradiquant de nombreux chancres, au bénéfice de la qualité de vie de tous et de notre environnement. » 

Il s’agit, d’une part, de 98 sites à réaménager (SAR) et pollués et, d’autre part, de 34 créations et extensions de zones d’activités économiques (ZAE) et zones portuaires qui, toujours selon le Ministre, participent « incontestablement à l’effet de levier souhaité par le Plan wallon d’investissements ».

Les sites concernés par ce programme sont listés dans la communication officielle du Gouvernement Wallon, du 24 mai 2018 

1. Commençons par les créations et extensions de ZAE et zones portuaires (Axe 1)

Au total, plus de 810 hectares de terrains seront équipés.
34 projets visant des parcs d’activités économiques et 9 projets visant des ports ont été retenus, pour un montant total de subventions estimé à 217.934.352,90 €.
Cinq catégories de projets ont été prises en considération:

  1. La création ou l’extension d’un parc d’activités économiques ;
  2. La redynamisation d’un parc d’activités économiques ;
  3. La création, le renforcement ou l’extension d’une zone portuaire ;
  4. La création, l’acquisition ou la transformation d’un bâtiment d’accueil temporaire ;
  5. La création, l’acquisition ou la transformation d’un centre de services auxiliaires.

Qu’en penser?  La catégorie 1 s’inscrit encore dans le schéma historique de conversions de terrains non urbanisables, une méthode aujourd’hui largement récriée parce qu’elle puise ses « nouveaux hectares » dans la zone agricole. Stop Béton ! En soustrayant des terres à l’agriculture, activité économique nourricière de première utilité, les parcs d’activités économiques font planer sur les agriculteurs la menace d’une cessation d’activités en les privant de leur outil de travail. 

Rien d’étonnant à cette vision très peu parcimonieuse, puisque le projet de SDT lui-même prévoit, dans son objectif « Anticiper – Muter 3  : ANTICIPER LES BESOINS EN ESPACES DESTINÉS À L’ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE » : « Mettre à disposition des entreprises 200 ha nets par an de terrains à vocation économique équipé avec priorité au réaménagement de friches et aux opérations de « revamping ». Réserver de manière continue de 400 à 600 ha nets dans l’ensemble de la Wallonie destinés, notamment, à accueillir les entreprises de grandes dimensions. » Mais où ira-t-on chercher ces hectares ? Ca, le projet de SDT ne le dit pas.

Les quatre autres catégories redressent heureusement la barre en reconfigurant des parcs d’activités existants, en se concentrant sur les sites bordés par les cours d’eau navigables et en mettant à disposition des infrastructures techniques qui permettront de lancer de nouvelles entreprises ou d’accompagner le développement interne des parcs.

Pour départager les centaines de projets envoyés par les agences de développement économique au Ministre Di Antonio, celui-ci a mandaté un consultant. Six critères lui ont permis d’analyser chaque projet :

  1. Les impacts socio-économiques estimés
  2. La dimension de gestion parcimonieuse du territoire
  3. La pertinence de l’orientation économique
  4. Les éléments garantissant la réalisation effective du projet
  5. L’intégration des enjeux de développement durable et de transition écologique
  6. La qualité de l’infrastructure

On appréciera positivement les critères 2 et 5, qui correspondent à la vision incarnée par le projet de SDT. Reste à juger au cas par cas, lorsque chacun de ces 34 sites sera instruit, notamment à travers la procédure de révision du plan de secteur.

2. Le recyclage et la reconversion des sites à réaménager et des sites pollués (Axe 2)

Le Gouvernement a décidé de consacrer 130 millions € au recyclage de sites économiques en reconversion pour y développer des activités à finalités économiques ou de logements. Ce sont 98 projets qui ont été retenus, pour un montant de subventions estimé de 96.607.000 €. 

Enfin une attitude dynamique vis-à-vis de la reconversion des sites en déshérence ! Les prétextes étaient nombreux pour refuser de reprendre ces friches en main et les occuper à nouveau : pollution des sols, matériaux de construction à désamianter, localisation dans un ex-bassin qui a perdu sa superbe, fabriques des XIXe et XXe siècle encaquées entre maisons mitoyennes et réseau de rues étroites. Les fantômes industriels et autres architectures abandonnées avaient bien du mal à faire valoir leurs atouts face à des sites vierges, collés à l’autoroute, sans voisins sinon des champs à perte de vue…

Une particularité intéressante de l’appel à projets est qu’un site non encore reconnu comme Site à réaménager (SAR) pouvait être proposé. 

Le montant attribué, presque 100 millions €, est inférieur à la somme totale prévue. L’appel à projets présente un solde de 15.458.647,10 €, qui sera affecté à de nouveaux projets de sites à réaménager à définir. Une explication probable à ce relatif insuccès : les opérateurs locaux, souvent des autorités communales, n’ont pas proposé suffisamment de sites ; une fois les projets passés au crible, il restait d’autant moins de sites. 

Où se trouvent les projets retenus pour l’Axe 2 ?

  1. 5 sites en Brabant Wallon
  2. 10 sites en province de Namur
  3. 19 sites en province de Liège
  4. 25 sites en province de Luxembourg
  5. 39 sites en province de Hainaut

Dix critères de sélection ont été proposés pour analyser les projets :

  1. L’Inventaire des Sites à réaménager (SAR)
  2. L’état d’avancement du projet
  3. Les garanties de faisabilité
  4. Les impacts négatifs du maintien du site dans son état actuel
  5. Le caractère structurant du projet
  6. La gestion parcimonieuse du territoire
  7. La pertinence de l’orientation économique
  8. Le financement du projet
  9. La transversalité du projet
  10. Les dimensions durables

La réhabilitation des friches doit permettre, selon le Ministre de l’Aménagement du Territoire :

  • de limiter l’étalement urbain,
  • de préserver nos ressources foncières,
  • d’améliorer l’état de l’environnement wallon,
  • de préserver la santé des habitants des pollutions historiques. 

A ces quatre avantages incontestables, j’en ajoute un, qui doit être pris en considération : l’effet d’entraînement

Les chancres les plus anciens de notre région sont urbains et concernent de nombreux riverains, l’industrie ayant contribué à créer la ville autour d’elle. Il en va de même pour les grands établissements de service abandonnés, comme les hôpitaux, généralement situés au cœur des quartiers habités et admissibles à la procédure de site à réaménager en vertu de l’élargissement de la notion par les dispositions du décret-programme du 23 février 2006 relatif aux actions prioritaires pour l’avenir wallon. Depuis des années, les activités économiques à proximité immédiate de ces établissements ont été stigmatisées par l’abandon du site suite à la fermeture. Ecoles, lignes de bus, commerces, ont périclité ou disparu en conséquence. Le réaménagement aura, dès lors, un impact extrêmement positif pour le quartier, voire pour la localité entière. 

En outre, pour ceux qui prendront le risque – notamment financier – de réinvestir dans ces lieux déjà urbanisés, gageons que leur expérience aura vite fait de convaincre d’autres investisseurs de parier sur la rénovation. Dans une région qui tente de retrouver une nouvelle jeunesse sans gaspiller davantage de terrains naturels et agricoles, quelle meilleure exemplarité sinon la reconversion des emblèmes de son dynamisme passé ? Une entreprise qui mentionne sur sa carte de visite « excellent voisinage avec les riverains » et « bâtiments au cachet historique » , ce sera une réalité demain. Elle se prépare dès aujourd’hui.

Hélène Ancion

Aménagement du territoire & Urbanisme

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